LE "TRACTATUS" ET LE "SOPHISTE"

.LE TRACTATUS  ET  LE  SOPHISTE

 

Wittgenstein nomme simplement le Tractatus :"mon travail", comme Spinoza disait "ma philosophie" en parlant de l'Ethique.C'est en effet sa seule oeuvre "composée",oeuvre d'un étudiant qui fit de lui ,comme par la magie d'un camp de prisonniers,un maître reconnu par ses pairs.En dépit de

l'habileté manifestée par G.H.Moore dans le baptème de cette oeuvre,le titre choisi mérite réflexion.Qu'il s'agit d'un traîté consacré à la logique, et non d'un traîté de logique,n'en doutons pas, bien qu'il apporte une contibution à la logique elle-même..Mais cela suffit-il pour lui attribuer le qualificatif

de 'philosophique" ? En fait,d'après son contenu même, comme par la nature de l'examen critique qu'il en fera ultérieurement,il s'agit de sémantique plutôt que de philosophie,de sémantique de la proposition,thème traîté avant lui par Aristote et approfondi par les Stoïciens,en particuliert par

Chrysippe.Quant à la philosophie,au sens traditionnel du terme,il lui fait la portion congrue,en marge du discours scientifique.En effet,l'élucidation de son statut n'intervient qu'au cours d'une discussion serrée des rapports entre sens et vérité.Une fois posé que la pierre angulaire du T. est la fonction

d'image de la proposition dont la forme est isomorphe à la structure de l'état de chose,la figuration (Abbildung) est tenue pour la condition du sens.Mais cette étroite subordination suscite une difficulté déjà soulevée par Platon dans le Sophiste,celui de l'interprétation logique et ontologique de

la négation.Penser,c'est nier.Si "le non-être n'est pas",il semble en résulter que la pensée n'est pas non plus puisqu'elle n'est pensée de rien..Encore faut-il s'entendre sur la négation.Hegel et Hamelin se sont attachés à distinguer la contrariété de la contradiction.Conformément au schéma du "carré

logique',qui combine qualité et quantité des concepts,la contrariété oppose les concepts de même quantité (UA et UN,par exemple),tandis que la contradiction opère avec des concepts opposés,aussi,par le quantité (UA et PN ,ou UN et PA).Platon,le premier peut-être,a attiré notre attention sur

une formulation un peu différente.Tout abord,le non-étant (το μη ον) doit être compté parmi la multitude des formes .Une forme (ειδος)n'étant pas rien,mais un étant,le non-étant n'est donc pas le contraire (εναντιον) déterminé de ce qui est,mais pensé comme autre (ετερον) indéterminé."Cette

opposition (αντιθησις),ce n'est point le contraire de l'être qu'elle exprime,c'est simplement autre chose que lui."(Le Sophiste, 258 a) .Tandis que la contrariété constitue un 'blocage' pour la pensée qui ne fonctionne que sur le mode d'un perpétuel 'va-et-vient',l'altérité est la condition de l'ouverture

et de la circulation de la pensée."Il y a mélange mutuel des genres.L'être et l'autre pénètrent à travers tous et se compénètrent mutuellement.Ainsi,l'autre,participant de l'être,du fait de cette participation,est ; il est,toutefois,non point ce dont il participe,mais autre,et parce qu'il

est autre que l'être,il est,par la plus manifeste nécessité,non-être."(o.c.,259a) Mais Platon ne s'en tient pas,comme on le pourrait croire à des conclusions ontologiques.Logique et ontologie sont étroitement liées,"car c'est par la mutuelle combinaison ( συμπλοκην ) des formes que le discours

( λογος)  nous est né."(259e)  Restait à distinguer plus finement encore ontologie,logique et langage.Frege ,et Wittgenstein à sa suite, s'y sont employés.

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FREGESUITE : FREGE : NEGATION ET JUGEMENT (Die Verneinung,1918)

 

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