TARSKI ET QUINE (2)

TARSKI ET QUINE (2)

GUILLEMETS

[Reprise, de TARSKI ET QUINE (1),des six étapes de " la construction d'une définition correcte de lavérité des propositions dans la langue quotidienne ".

(1)une proposition vraie est une proposition qui dit comment sont les choses et qu'elles sont effectivement ainsi.

(2)x est une proposition vraie si et seulement si p.

(3)"il neige" est une proposition vraie si et seulement s'il neige.

(4)une expression qui est composée de deux mots,dont le premier des deux lettres consécutives suivantes:I,El,et le deuxième des cinq lettres consécutives suivantes:En,E,I,Gé,E,est une proposition

si et seulement s'il neige.

(5)pour un p arbitraire,"p" est une proposition vraie si et seulement si p.

(6)pour un x arbitraire,x est une proposition vraie si et seulement si,pour un cerainp,x est identique à "p" et si p.]

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Revenant sur les formules (5) et (6),Tarski est conduit à s'interroger sur le statut des noms ou des propositions entre guillemets: "on peut traiter les noms entre guillements comme les mots d'une

langue,c'est-à-dire comme des expressions syntactiquement simples :les composants de ces noms-les guillemets et les expressions entre ces guillemets (...)-n'ont pas de signification indépendante.(...)Dans

cette interprétation,qui semble être la plus naturelle et correspondant complètement à l'usage habituel des guillemets les définitions partielles du type (3) ["il neige" est une proposition vraie s'il neige et

seulement s'il neige.].Les propositions (5) et (6) ne peuvent pas davantage être prises pour des globalisations.De (5) on peut tirer par substitution non pas (3)"il neige"est une proposition vraie si

et seulement si il neige,mais soit "p" est une proposition vraie si et seulement si il neige,soit "p" est une proposition vraie si et seulement si il ne neige pas.(...)"

Aussi Tarski propose-t-il une autre interprétation de la mise des noms entre guillemets.Toutes les expressions entre guillemets ne sont pas des noms constants.

Par exemple,l'expression "p" dans (5) et (6) doit être vue comme une variable de proposition dont les valeurs sont des noms entre guillemets constants de certaines propositions.Les guillemets

deviennent ainsi des mots autonomes faisant partie de la sémantique.Sur le plan de la signification,ils sont proches du mot 'nom' et sur le plan syntactique ils ont le rôle d'opérateurs ou de

foncteurs.Toutefois,le sens de cette fonction n'est pas assez évident en lui-même."(Alfred Tarski,Le sens de la proposition vraie dans la langue ordinaire,1935).

REMARQUE

Nous exprimons nos remerciements au traducteur appartenant à l'UFR 6 de l'Université PARIS 8 qui a mis en accès libre sur internet le texte d'Alfred TARSKI intitulé:" Le concept de vérité dans les langues formalisées.§1 Le concept de proposition vraie dans la langue quotidienne."(pages 1à 5,sans date ni nom d'auteur).

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Bien que Quine ne prenne pas parti pour ou contre l'interprétation réaliste adoptée quasi immédiatement par Popper et confirmée dans l'exposé de 1971 ainsi que dans l'Addendum de 1955

("Cette conception était déjà la mienne il y a trente-sept ans,en juillet 1934,quand je rencontrai Alfred Tarski pour la première fois lors d'une conférence organisée à Prague par le Cercle de

Vienne."(La connaissance objective, tr.fr. Aubier,1991,p.471),il semble bien que le point de départ prêté à (3) :"la neige est blanche" est vrai si et seulement si c'est un fait que la neige est blanche,réintroduise la notion classique

de correspondance là où la construction strictement syntaxique de Tarski l'avait bannie.Aussi faut-il considérer avec prudence le rapport établi entre vérité et décitation."Attribuer la vérité à l'énoncé,c'est attribuer la blancheur

à la neige;telle est la correspondance,dans cet exemple.L'attribution de la vérité se borne à effacer les guillemets.La vérité est décitation."(W.V.Quine,La poursuite de la vérité, tr.fr.Maurice Clavelin,Le Seuil,1993,p117)  

Pourtant,la notion de décitation peut se révéler trompeuse,au moins dans son emploi formel-Tarski écrivait déductif-, l'exercice préalable sur la langue ordinaire n'étant pour Tarski qu'une approche et une esquisse.Aussi le §33 tend-il à lui substituer celle de

montée sémantique qui,plutôt que de nous reconduire au "monde tel qu'il est dit",nous élève au niveau "où se trouvent des objets sur lesquels généraliser,à savoir des objets linguistiques,des énoncés."Quine explique alors sur l'exemple de la relativité que la

comparaison de niveaux opère seulement sur "des structures symboliques."D'où cette conclusion qui renvoie à la théorie des types:"le prédicat de vérité ne perd que peu par là en utilité générale.(...)Et encore ces applications exclues peuvent elles être traitées

au moyen d'une hiérarchie de prédicats de vérité(...)On a ainsi en montant une hiérarchie allant  progressivement vers des prédicats de véritéde plus en plus parfaits." 

CHOIX D'UN METALANGAGE

La question ,apparemment insoluble,consiste à rendre compte de la vérité d'un énoncé  (langage objet) à partir des seuls axiomes du métalangage."Tarski échappe au paradoxe en se servant principalement d'énoncés de la forme

'phi(s) si et seulement si (psi)' chaque fois que s est le nom d'un énoncé S de L [langage objet] et psi la copie de S dans le métalangage.Aussi le problème  technique est-il de trouver une formule singulière phi qui nous permette de

déduire tous ces énoncés des axiomes de M;cette formule phi servira à donner la définition explicite de Vrai." (Les définitions de la vérité de Tarski, in Stanford Encyclopedia of Philosophy (révision d'août 2014),p.2).

En réalité, cette construction devrait être seulement édifiée sur la base de notions syntaxiques et tirées de la théorie des ensembles ainsi que de celles qui figurent dans le langage objet.  (idem,p.3)

C'est ce que précise Quine au §35 de La poursuite de la vérité :" Le langage choisi pour la construction contient les notions logiques pour la quantification,et les fonctions de vérité ,ainsi que la notation ensembliste "x élément de y"

pour l'appartenance."(Ed.du Seuil,1993,p.122).Le résultat final est-il satisfaisant ?A lire Quine,le Charybde de la définition de la vérité mène directement au Scylla du paradoxe des classes."Nous découvrons à présent une nouvelle

imbrication de la hiérarchie des classes avec la hiérarchie de la vérité,selon des lignes tranchées et pour des raisons claires mais subtiles qui ne pouvaient être entrevues à l'époque de Russell.(o.c.,p.129)

Parce qu'il se proclame "loyal empiriste" (id. p.139) Quine peut difficilement proposer autre chose qu'une attitude envisageable ;en fait,deux attitudes nommées 'sectaire' et 'oecuménique'.Il s'en tient,en effet,à "une oscillation

entre la ligne sectaire et la ligne oecuménique,à la Davidson."(ibidem,p.141).Nous pensons,pour notre part,et cela conformément tant à la thèse du second wittgenstein sur le rapport de la pensée à la vie qu'à la lecture d'Aristote,

que le seul cadre significatif d'une reflexion sur la vérité ne peut être que le cadre dialogique ,non pour réifier cette réflexion vivante en une méthode dialectique porteuse de vérité,mais afin de lui permettre un libre épanouissement.

C'est pourquoi nous reprendrons l'étude de la dialectique aristotélicienne dans un contexte nouveau,celui qu'y apporte l'interprétation gadamerienne et qui a pour titre "le problème fondamental de l'herméneutique".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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