Créer un site internet

- LA LOGIQUE DE DESCARTES

I  -  LA LOGIQUE DU COGITO

 

:: D'aucun syllogisme.

OBJECTION. Mais n'a-t-on pas supposé le contraire ?Principes I,10.

REPONSE.Avant cette conclusion: je pense,donc je suis,on peut avoir connaissance de cette majeure : tout ce qui pense est,parce qu'en réalité elle est antérieure à ma conclusion,et que ma conclusion s'appuie sur elle.Et c'est ainsi que dans les Principes l'auteur dit qu'elle la précède parce qu'implicitement

elle est toujours supposée et antérieure.Mais je n'ai pas toujours une connaissance expresse et explicite de cette antériorité,et j'ai connaissance auparavant de ma conclusion,parce que je ne fais attention qu'à ce dont j'ai l'expérience en moi-même,savoir :je pense,donc je suis,tandis que je ne fais pas aussi bien

attention à cette notion générale :tout ce qui pense est;en effet,comme j'en ai averti,nous ne séparons pas ces propositions des choses singulières,mais nous les considérons en elles;c'est en ce sens que les mots cités ici doivent se comprendre."

                                                              "Entretien avec Burman",in Descartes ,Oeuvres et Lettres,Bibliothèque de la Pléiade,p.1355.

 

Qu'entendons-nous par "logique" de Descartes ? Ce ne sera ni la syllogistique issue d'Aristote, ni le calcul des propositions inventé par Leibniz,fondé par Frege et développé par Bertrand Russell,Ludwig Wittgenstein et leurs nombreux épigones,avec les branches du calcul des prédicats et du calcul des relations.

Comme cela apparaît dès le traité posthume édité en 1701 sous le titre latin Regulae ad directionem ingenii la formule "logique de Descartes"ne peut donc correspondre au rapprochement sinon à la confusion de la logique et de la mathématique pensée par les leibniziens,Pour lui la logique ne sera pas un

Calcul.Aussi tout à la fois conservera-t-elle la fonction démonstrative présente dans la syllogistique, mais s'élargira-t-elle aussi à pensée d'une mathesis universalis ,d'une méthode fondée sur la recherche d'un ordre purement intellectuel.Mais ,comme il l'expliquera, à propos de la géométrie, au terme des

Secondes réponses,encore faut-il " distinguer deux choses,à savoir l'ordre et la manière de démontrer."Nous reviendrons plus loin à cette distinction essentielle.Limitons-nous pour le moment à l'ordre dans le Cogito.Bien qu'il ne s'agisse pas de géométrie,Descartes explique à Burman qu'il y a

deux façons de procéder pour interpréter la priorité démonstrative exprimée par l'adverbe"ergo".et donc deux ordres logiques,deux logiques de la vérité .Laquelle est la meilleure ,et pourquoi ?

On sait que le fondement métaphysique de la philosophie cartésienne consiste dans la distinction du corps et de l'esprit,et par conséquent aussi dans leur union ou conjonction longuement exposée dans le Traité des passions de l'âme et dans la Correspondance avec la Princesse Elisabeth.L'ordre de l'esprit ,

qui est donc aussi celui de la vérité,n'est pourtant pas univoque,car il peut consister soit dans celui des propositions du syllogisme, soit dans un ordre plus intuitif..L'ordre logique stricto sensu consisterait donc à commencer par la majeure universelle.Pourtant,explique Descartes,nous n'avons de cet ordre strict

qu'une connaissance implicite,tandis qu' "expressément et explicitement" nous connaissons d'abord la conclusion du syllogisme.Comment celà ?J'ai,en effet ",l'expérience en moi-même " de la vérité singulière de la conclusion.Si l'attention à l'objet atteste de sa présence intuitive à mon esprit,cette présence

immédiate ne peut être d'abord que singulière.La priorité logique véritable,au sens cartésien du terme,consiste donc à saisir intuitivement l'universel dans la singularité du "je pense".Aussi faut-il accorder sa plénitude de sens à la formule "dont j'ai l'expérience en moi-même",car c'est elle qui permet de bien

comprendre la spécificité du cartésianisme.L'activité propre à l'esprit ne consiste pas à ratiociner.Mais elle ne se réduit pas non plus à l'expérience sensible ou affective qui traduit l'union de l'âme et du corps.Aussi exclut-elle tout autant  formalisme que psychologisme.L'ordre logique cartésien est bien celui que Husserl ,dans sa polémique avec Frege,a pensé avoir redécouvert à partir de ses Recherches logiques.

 

II  -  Les "REGULAE AD DIRECTIONEM INGENII"

N.B.-  Nous nous bornerons à signaler deux traductions du texte latin original (disparu).D'une part,celle de Georges Le Roy ,choisie par André Bridoux pour l'édition de La Pléiade  (pp.37-119) ; et ,d'autre part,celle ,précieuse par ses notes,de Jacques Brunschwig (Le Livre de Poche,Les Classiques de la philosophie) , universitaire dont nous avons naguère célébré la traduction des Topiques d'Aristote (volume 1,puis,plus tardivement,volume 2 ).

 

Par "logique" cartésienne"nous n'entendrons pas un dispositif propositionnel propre à engendrer une conclusion de valeur alèthique variable en fonction de prémisses analysées d'après les catégories de qualité de quantité et de modalité,comme c'est le cas depuis les Analytiques d'Aristote, mais la présupposition philosophique d'un domaine accessible à l'entendement pur et recourant à une méthode universelle.

Cette présupposition,dont la nature fera ultérieurement l'objet d'un débat entre Frege et Husserl,est nommée par Descartes "mathesis universalis", à la fois parce que ,dans les années 1620, il ambitionne d'atteindre la  "connaissance certaine et évidente"  qui,seule ,mérite le titre de science ,et que ,stricto sensu, seules l'arithmétique et la géométrie satisfont alors ces conditions rigoureuses.

Une telle exception n'est pourtant pas liée à un domaine d'objets spécifique, mais plutôt à la méthode qui peut s'y déployer librement et dont les instruments intellectuels sont l'intuition et la déduction.On ne s'attachera donc qu'à des connaissances " dont la certitude est égale aux démonstrations de la géométrie et de l'arithmétique."

D'autre part,la différence qui sépare intuition et déduction n'est pas de nature mais de position dans un certain ordre.Elle n'est pas catégorielle mais sérielle et distingue donc par leur place dans la série l"absolu du relatif.

 

La Règle XII nous enseigne toutefois à dédoubler l'ordre sériel,car celui-ci peut être en nous ou dans les objets eux mêmes.En effet,pour plagier Husserl, l'ordre a simultanément une dimension noétique et un double noématique.La géométrie elle-même ne saurait se passer de la représentation figurée et donc de l'apport dû à l'imagination.Est-ce là un versant "psychologiste" de l'épistémologie cartésienne ?

Nullement,car la différence objective entre le simple et le composé sert de norme intellectuelle à l'usage des fonctions de l'âme.S'il y a bien trois modes de composition - par impulsion,par conjecture et par déduction,seul celui-ci a valeur de certitude."Toute science humaine ne consiste donc qu'à voir distinctement comment les natures simples concourent à la composition des autres choses;"(Bridoux,p..87;Brunschvig,p.150 ).

Mais c'est avec la Règle XIII qu'est atteint le coeur de la méthode puisqu'à la forme syllogistique qui tire la conclusion de l'inclusion du singulier dans l'universel par l'effacement du moyen-terme est substituée la forme algébrique qui consiste simplement "à rechercher l'inconnu en termes du connu",c'est-à-dire à chercher "ce qui est déductible du donné".

Observons toutefois qu'en passant de la Règle XII à la Règle XIII nous comblons la coupure qui séparait,chez Aristote,la dialectique de l'analytique,puisque toute la science va consister désormais à poser des problèmes et qu' "en toute question l'inconnu d oit être désigné par les conditions les plus précises".

L'unification de la méthode sous la forme d'une mise en équation a aussi pour conséquence de coupler l'ordre avec la mesure, car,comme le précise la Règle XIV , la mise en équation des données "n'est possible qu'entre grandeurs et multiplicités en général et l'établissement d'un rapport numérique sous forme de proportion.

En conclusion,la mathésis universalis comme science de l'ordre et de la mesure opère l'unité de la géométrie et de physique, mais aussi de l'entendement et de l'imagination.Dans la définition des dimensions lle rôle sera partagé entre mathématiciens et physiciens.La physique sera donc galiléenne.

 

III - BLAISE PASCAL SUR  "LA METHODE DES DEMONSTRATIONS GEOMETRIQUES " ( SECTION I ET SECTION II )

 

De même que la mise en oeuvre de l' ordre et de la mesure dans les REGULAE ne se trouve pas dans R XII mais dans R XIII et R XIV et suivantes,il en va ainsi chez Pascal où c'est dans la section II de l'ESPRIT GEOMETRIQUE,intitulée DE L'ART DE PERSSUADER qu'il faut rechercher la logique de Pascal ,à propos de laquelle il observe : " c'est de cette sorte que la logique a peut-être emprunté les

règles de la géométrie sans en comprendre la force.(...).La méthode de ne poinr errer est recherchée de tout le monde.Les logiciens font profession d'y conduire,les géomètres seuls y arrivent et hors de leur science et de ce qui l'imite,il n'y a point de véritables démonstrations.Et tout l'art en est renfermé dans les seuls préceptes que nous avons dits : ils suffisent seuls,ils prouvent seuls;toutes les autres règles sont inutiles ou nuisibles.(...)

Cet art que j'appelle  l'art de persuader ,et qui n'est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites,consiste en trois parties essentielles : à définir les termes dont on doit se servir par des définitions claires;à proposer des principes ou axiomes évidents pour prouver la chose dont il s'agit;et à substituer toujours mentalement dans la démonstration les définitions à la place des définis."

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site