ETHIQUE ET POLITIQUE

ETHIQUE ET POLITIQUE

ETHIQUE ET POLITIQUE :LES RAISONS DE L'ACTION

 

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LA SCIENCE ET L'ACTION

Pierre Aubenque souligne que "même quand Aristote aura dénié toute subsistance aux mathématiques ,celles-ci ne continueront pas moins de s'apparenter à la théologie grâce à une particularité importante de leur objet,qui est d'être

immobile." (Le problème de l'être chez Aristote,P.U.F.,Quadrige,1991,p.329) Cela s'accorde,selon cet interprète,avec la thèse qui est la sienne :"il n'y a de science que de l'immuable,cet immuable qui n'existe à l'état séparé que dans le divin"

(idem,p.329),et il en conclut :"on ne s'étonnera donc pas que les exemples destinés à illustrer ,au livre I des Seconds Analytiques,la conception aristotélicienne de la science,soient empruntés aux mathématiques."(ibidem,p.329).

Sans compter que l'application de cette thèse à l'oeuvre même d'Aristote réduirait singulièrement l'étendue et l'intérêt de cette oeuvre,le critère ici retenu  fonde la valeur scientifique sur la nature de

l'objet étudié et non sur la méthode appliquée,sur l'immuabilité de cet objet et non sur le lien de nécessité liant la conséquence à son principe.Or si une telle analyse rendrait bien compte d'un premier

état de l'épistémè platonicienne,non seulement elle ne saurait convenir à Aristote, pour qui la science est démonstration à partir de principes vrais et premiers,mais,d'une certaine façon,elle rendrait cette

exigence vaine, et ressusciterait les " Idées" de Platon,pourtant abandonnées à partir du Sophiste.Il y a bien  science d'un "objet qui est",comme le postule le "Sophiste";encore faut-il-pouvoir en déduire 

les propriétés de principes suffisamment clairs et assurés.Certes, l'immuabilité de l'objet facilite sans doute l'exercice de cette déduction,dans la mesure où l'application d'une définition reconnue par tous

sera indiscutable; mais elle échappe aux. conditions qui, dans l'univers de l'expérience sensible, caractérisent la connaissance approchée et ,par suite,ne convient pas à une science du mouvement.

Postulons ,pour notre part, que partout il y a vie et mouvement,qu'il s'agisse de physis,de poéièsis ou de praxis, là aussi il peut y avoir science.Nous deviendrons même,alors, disciples de l'étranger qui

s'indigne dans le Sophiste:

" Par Zeus ! Nous laisserons-nous persuader que le mouvement,la vie,l'âme,la pensée n'ont vraiment pas de place en l'être absolu,qu'il ne vit ni ne pense,et que,vénérable et sacré,dénué d'intelligence,il reste figé et sans mouvement ?"

(PLATON,Sophiste,Politique,Philèbe,Timée,Critias, Garnier,1969,p.103).

 

LES CONDITIONS D'UNE ANALYSE RATIONNELLE DE L'ACTION

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"Nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous faisons effort vers elle,que nous la voulons et tendons vers elle par appétit ou désir." SPINOZA , L'Ethique,III,IX,scolie.

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Si connaître ,c'est produire le fait à partir d'une cause vraie,qu'en est-il dans le domaine de l'action et, dans ce cas, de quelle sorte de cause s'agit-il ?

L'agent est un vivant rationnel.En conséquence,et même si le type de causalité propre au vivant doit être spécifié,il faut mettre en oeuvre cette causalité générique.Or Aristote distingue deux sortes de

causalité,et "il est évident que ceux qui ne traitent pas de ces deux sortes de causalité ne disent pas un mot au sujet de la nature.(...)Pour la respiration,par exemple,il faut montrer,d'une part,qu'elle

existe en vue de telle fin (toudi charin),et ,d'autre part,qu'elle se produit nécessairement sous l'action de telles choses(dia tade).Soit c'est la fin qui suscite certaines conditions,soit les choses sont telles

en raison de leur genèse."(Les Parties des animaux,I,642 a 30-35,Aubier,1945,p.101)).

On connaît les propos qu'Aristote prête à Héraclite accueillant des visiteurs à la chaleur de sa cuisine :"Entrez ! il y a des dieux aussi dans la cuisine",comme son commentaire: "Eh bien,de

même,entrons sans dégoût dans l'étude de chaque espèce animale:en chacune,il y a de la nature et de la beauté.Ce n'est pas le hasard (mè tuchontôs), mais la finalité qui règne dans les oeuvres de la

nature (énéka tinos en tois tès physéôs ergois),et au plus haut degré !"(o.c.,V,645 a 19-27).On notera le terme retenu par Aristote pour exprimer une fonction naturelle :'ergon',c'est-à-dire le

travail,l'oeuvre,ce terme s'harmonisant avec celui d''organon',instrument ,mais aussi organe.Cette 'naturalité' de l'activité humaine a pour conséquence que, même si l'homme fait généralement

précéder ses actions d'une délibération (proairésis),on aurait tort de séparer trop strictement le 'faire' de l''agir' (Hannah Arendt) .Certes,il convient de distinguer l'action du citoyen, votant sur

l'agora ou défendant sa patrie les armes à la main, du travail accompli quotidiennement par l'artisan,le commerçant ou le cultivateur;mais les séparer reviendrait à faire de ce qui les différencie une

distinction de nature et non de condition.Voyons cela de plus près.

"Tout art et tout procédé (méthodos) et pareillement toute action (praxis) et toute délibération tendent,semble-t-il,vers quelque bien;aussi est-ce à juste titre

(kalôs) que l'on nomme 'bien' tout ce vers quoi l'on tend.Toutefois, quelque différence apparaît entre les fins(telôn).En effet,les unes sont des activités (energéiai),tandis que d'autres consistent dans les

oeuvres (erga) qui en résultent.Dans le cas des activités qui comportent des fins en sus des actions (para tas praxeis),les oeuvres importent naturellement davantage que les actions.Aussi,comme

actions,arts et sciences sont multiples,leurs fins le seront aussi.La santé est la fin de la médecine,le navire celle de la construction navale,la victoire celle de la stratégie, la richesse celle de la finance.

Or toutes ces activités sont subordonnées à quelque autorité (dunamin) particulière:par exemple,la fabrication des mors et celle de l'équipement (organôn) du cavalier le sont à celle de l'art équestre qui,

lui-même, ainsi que toute action militaire (polémikè praxis) dépend de la stratégie ; il en va de même d'autres activités pareillement subordonnées.Dans tous ces cas,les fins de toutes les activités

hiérarchiquement supérieures (architectonika) ont davantage de valeur (airétôtera) que celles des activités subordonnées.En effet,c'est en fonction des premières que l'on poursuivra les autres.

Peu importe d'ailleurs que ces activités soient les fins d'actions ou qu'elles aient, en plus, quelque autre résultat,comme dans le cas des disciplines (épistèmôn) dont nous venons de traîter." (Ethique

de Nicomaque,I,1,1094 a 1-17).

REMARQUE

On voudra bien nous pardonner d'avoir pris la peine de retraduire au plus près le texte d'Aristote et cela pour une raison simple.L'étude des procédés rationnels qui interviennent en éthique n'a pas d'autre

justification que la rigueur de son objet.Or cet objet n'est pas de nature empirique,puisqu'il consiste en jugements de valeur. Une simple imprécision dans l'analyse de l'expression y aura donc pour effet

de manquer ce dont il était question.En philosophie,à la différence des sciences positives,la justification ne peut consister que dans un clair rapport déductif entre concepts.Encore faut-il que les 

bases dont on dispose soient elles-mêmes indiscutables.C'est pourquoi nous supposons,par raison de méthode,qu'il en va ainsi pour Aristote et que la règle de notre tâche sera de restituer dans notre langue

ce qui était clair dans la sienne.Nous postulons par conséquent ,comme philosophe,l'universalité rationnelle du sens.

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Les commentaires de la formule spinoziste mise en épigraphe la présentent ordinairement comme prenant le contre-pied de la morale traditionnelle représentée soit par la scolastique,soit,plus

précisément, par le cartésianisme.Et,en effet,ce qui s'y trouve mis en question n'est rien moins que la liberté de jugement.Or une réflexion sur la rationalité de l'action morale ne peut éviter de poser le

problème,central en l'occurence,de l'indépendance des valeurs qui fondent la rationalité de l'action.S'il n'est plus à proprement parler question d'une démonstrabilité du choix au sens strictement

mathématique du terme,le raisonnement dont le jugement moral sera la résultante n'est pas d'une nature logique différente des conclusions tirées dans le domaine théorique.Aussi avons-nous souligné que,

dans les exemples de problèmes proposés par Aristote dans ses Topiques,aucune frontière ne sépare recherches spéculatives et questions de nature éthique ou politique.

Cela étant et la même méthode s'appliquant,l'originalité de l'inversion opérée par Spinoza disparaît,car il ne fait pas de doute,à la suite d'une simple lecture,que,sans aucune notation polémique de sa part,

Aristote dit la même chose que lui dans le premier chapitre de l'Ethique de Nicomaque :la valeur de l'action (kalôs) est mesurée par le force la tendance,que cette tendance soit naturelle, ou résulte d'un

habitus.Il serait certes bien présomptueux de prétendre qu'en cette occasion Spinoza se contente de défendre le naturalisme aristotélicien contre Descartes et une certaine lecture chrétienne de la

morale,et pourtant il semble bien que c'est ainsi que la rationalité de l'action se définissait, dès le premier chapitre de l"Ethique de Nicomaque,à savoir comme la manifestation d'une certaine dynamis.

Pour Aristote,comme il le sera pour Spinoza,"le désir est l'essence de l'homme", car "le raison ne demande rien contre la nature".Mais si Spinoza démontrera cela en "suivant la méthode

développée de la géométrie qui est la nôtre"(Ethique,IV,XVII,scolie) ,Aristote procède en divisant et hiérarchisant les fonctions de l'action humaine comme la nature divise et hiérarchise les

familles,genres et espèces.Dès le premier chapitre de l'Ethique de Nicomaque ,en effet,se trouve exposée la causalité de l'action humaine,causalité téléologique conçue sur le modèle de la

causalité naturelle,causalité organisationnelle dont le paradigme est la causalité organique,le télos générant récursivement une ou plusieurs fonctions.

On comprend aussi ce qu'il faut entendre par éthique ; non pas ,en premier lieu ,les goûts ou préférences personnels de l'individue,mais l'organisation de la Cité dont la science maîtresse ,la

science politique, se subdivise en de multiples branches,dont chacune répond à une fonction vitale de l'homme.Et Aristote ajoute,comme pour répondre par avance à Hannah Arendt :"peu importe

que les activités soient en elles-mêmes les fins de nos actions ou qu'on recherche,en plus,un autre résultat."(fin du chap.1)

L'ETHIQUE COMME POLITIQUE

Il n'est que temps de justifier le titre de notre chapitre.Justifier,en philosophie,c'est déduire l'objet de la méthode.Ainsi procède Aristote dans le chapitre 2 de l'Ethique de Nicomaque.En effet,nous

allons voir que sur la base de la causalité régressive caractérisant à la fois les processus vitaux et l'activité humaine,cette dernière remonte nécessairement à un principe,faute de quoi "choisissant

indéfiniment une chose en vue d'une autre,le désir serait futile et vain".(1094 a 20),car ,à l'opposé de la méthode synthétique et progressive de la géométrie,ouverte sur des combinaisons en quelque

sorte inépuisables,l'analyse de l'action ,par sa nature architectonique,doit s'arrêter à une fin ultime "qui serait le bien et le meilleur"(an eiè to agathon kai to ariston)".

Cette méthode d'investigation retenue,il est donc possible d'en déduire un contenu concret."S'il en est ainsi,il faut nous efforcer de préciser sommairement (typô) quel il est et de quelle discipline ou compétence il peut bien relever." 

Par l'analyse seule,nous remontons au principe ,c'est-à-dire à une fin dernière.Mais comment l'entendre ?Dans la vie concrète de l'homme -il en va de même pour tout vivant- nous avons observé qu'il serait bien difficile de

ramener la hiérarchie des fins à une fin suprême sinon,globalement,à la survie de l'individu et de l'espèce.En effet,toute fin se rattache à une activité,remplit une certaine fonction ,et cela dans un domaine déterminé tel que,par

exemple, l'économmie,l'art ou la guerre.La fin consiste donc,une fois l'activité et son champ déterminés, à bien remplir cette fonction.Il nous serait toutefois difficile de procéder à une comparaison entre les fonctions elles-

mêmes, afin de les hiérarchiser, et de placer l'une d'elles au-dessus de toutes les autres.Certes,Platon nous a accoutumés à identifier cette fin suprême et le Bien.Aussi Aristote semble-t-il se couler dans ce moule (tout'an eiè

to agathon kai to ariston) ;mais n'oublions pas qu'en dépit de sa formation platonisante il prend soin de rejeter toute réification  des vertus ou des valeurs.Aussi une interprétation de la fin dernière devrait -elle écarter toute réduction

des fins à une unité suprême qui serait dépourvue de sens sans une homogénéisation préalable ..Aristote cèdera pourtant, finalement, à  cette tentation au profit de la "théôria",bien qu'en réalité la position de l'homme théorique

dans la cité gecque soit beaucoup plus modeste qu'elle ne devrait être.Elle ne pourrait en ettet prétendre à une position éminente qu'en réalisant la figure du philosophe- roi .Platon a cherché vainement cette unité idéale ,sans

rencontrer autre chose que de dangereux tyranneaux.Aristote sait,par contre, ce qu'il peut attendre de son élève;un génie militaire dans la conception et l'exécution,mais sûrement pas une maîtrise de ses pulsions. sage.Aussi

ne reste-t-il à la recherche de la fin suprême que deux voies accessibles :1° celle d'une analyse concrète objective de l'organisation de la cité.2° celle d'une analyse tout aussi concrète,mais subjective, des tendances ,désirs,ou

impulsions  qui se trouvent à la source des activités mais se morcèlent en fins variées.Hegel nommera ces deux directions esprit objectif et esprit subjectif,mais,en commençant par l'esprit subjectif,Aristote,lui, adopte la démarche opposée.  

I°La politique ",science la plus rectrice et par excellence la plus organisatrice"'(I,1094 a 28-9)

Si la science politique est la première de toutes,c'est que son objet est aussi le meilleur,car c'est la Cité.Ce terme,. pour les contemporains d'Aristote comme pour Aristote lui-même,né sujet du roi de Macédoine,peut apparaître très

dévalorisé,les malheurs répétés d'Athènes succédant au "siècle de Périclès".Aristote pouvait se poser cette question :la décadence observable était elle dûe à un mauvais régime,comme le pensait Socrate,ou à des individus

dangereux pour leur pays, à de mauvais bergers.Il n'importe ! Aristote a porté un intérêt égal aux constitutions des Etats qu'à la structure des êtres vivants.Dans les deux cas,il s'agit de comprendre comment les diverses parties

d'une organisation contribuent à la vie de l'ensemble.Comment Aristote justifie-t-il son choix ?Par le fait que "même les potentialités les plus appréciées sont subordonnées à la politique :par exemple,la stratégie,l'économique,la

rhétorique.Et puisque la politique se sert des autres sciences pratiques et que de plus (eti) elle légifère sur ce qu'il faut faire comme sur ce qu' il faut éviter,la fin qu'elle poursuit peut contenir celles des autres,au point d'être le bien

proprement humain (to anthropinon agathon)."(1,1,1094 b 2-7)Prêtons attention à la manière dont Aristote exprime le critère de la suprématie du politique sur les autres activités humaines.Certes,dans l'opinion des hommes,

stratégie,économie et rhétoriques sont "les sciences les plus honorées( tas entimiotatas)".Mais la suprématie de la politique a un tout autre fondement : elle a autorité sur toutes les autres sciences pratiques.Seule ,sans doute,la

seule activité susceptible de lui échapper est-elle la théoria,si tant est qu'il s'agisse là d'une activité.Aristote ajoute encore deux arguments à sa démonstration.L'un nous paraitra simple-bien que discutable-car d'ordre quantitatif.

L'autre se glisse dans le débat sans que rien ne permette de le prévoir,il est d'ordre purement moral ou juridique,et concerne le permis ou le défendu.Nous y voyons bien sûr une référence au droit et aux lois,aux institutions et aux

constitutions ,dont l'objet est moins le mode de production d'une activité déterminée que les conditions licites de son exercice.

 2° Difficultés rencontrées par la méthodologie aristotélicienne de l'action.

Ces difficultés proviennent de la duplicité de l'analyse.En effet, celle-ci fait appel à deux fondements différents,une étiologie normative et finaliste et,en même temps,une gnoséologie empiriste.

Nous avons vu l'application de l'étiologie finaliste à l'analyse des fonctions de l'être vivant,et cette application ne peut donc que s'appliquer au vivant qu'est l'être humain.Une fois l'analyse resserrée au propre de l'homme et les

fonctions de nutrition et de croissance provisoirement écartées,subsiste la vie active d'un être mettant en oeuvre sa raison, et cela durablement,car "une hirondelle ne fait pas le printemps".Il semblerait donc que la norme suprême

de l'existence humaine consiste dans la mise en oeuvre de cette rationalité.

Mais ,par ailleurs,il convient d'écarter toute référence transcendante telle que le bien platonicien,c'est-à-dire toute détermination apriorique de ce bien.Ici intervient ce que l'on peut nommer la méthodologie empiriste d'Aristote exposée au chapitre 1 du livre I de l'Ethique de Nicomaque  (1094 b 11-1095 a 5) et reprise au chapitre 7 (1098 a 26 -1098 b 5).

a)Une connaissance "approchée".

La discipline en question (la politique)ne requiert par la même rigueur que,par exemple, les mathématiques.Les "choses de la vie ,qui sont pourtant le point de départ et l'objet des raisonnements de cette science" sont le lieu

d'une grande incertitude."On doit donc se contenter,en traitant de pareils sujets et partant de pareils principes de montrer la vérité de façon grossière et approchée" (109'b 19-20)En effet,la précision y est doublement relative:

à la matière tratée,mais aussi au niveau de notre investigation,car "un charpentier et un géomètre font bien porter leur recherche l'un et l'autre sur l'angle droit,mais c'est de façon différente." L'un ne réclame que des notions

utilisables dans sa pratique,tandis que "le géomètre est contemplateur du vrai (théatès gar talèthous)"(1098 a 31).Or ce double relativisme (au domaine envisagé et au niveau de la recherche) entraine des conséquences

qui touchent aussi à l'étiologie,puisque "on ne doit pas non plus exiger la cause en toute chose indiféremment:il suffit ,dans certains cas que le fait soit clairement dégagé,comme ,par exemple,en ce qui concerne les principes."(1098 a 34)

b)Des principes factuels.

"Le fait est à la fois commencement et principe (to oti prôton kal archè)."(1098 b 2) Aristote énonce-t-il avec cette formule lapidaire une règle appliquable à toute espèce de savoir ? Fait -il partie des philosophes qualifiés d'empiristes radicaux,si tant est qu'il en existe ?

Les considérations qui précèdent tendraient à nous dissuader de pareil jugement.Echappent à ce radicalisme et le savoir contemplatif et des principes dont la fonction est de rendre possible une lecture du réel tels que les

différentes sortes de cause (formelle,matérielle,finale,efficiente).Ces "principes",qui ne sont ni prédicaments ni post-prédicaments,et qui ne peuvent se targuer du support des structures grammaticales de la langue,consistent

dans des modes d'organisation des phénomènes qui,sans être de nature factuelle,ne constituent une grille de lecture acceptable qu'à la condition de pouvoir s'accorder à leur objet et c'est pourquoi Kant nomme les uns

constitutifs et les autres simplement régulateurs.Aristote ne dit rien de tel,aussi vaudrait-il mieux le rapprocher de certaines idées exposées par Wittgenstein qui,traitant de la causalité et de l'induction note :"La prétendue loi

d'induction ne peut en aucun cas être une loi logique,car elle est manifestement un loi pourvue de sens.Et elle ne peut par conséquent être une loi a priori."  (Tractatus,6.31)

Si l'on revient à la thèse aristotélicienne,il est clair que si tout principe n'est pas de nature empirique,l'expérience du " oti" est première dans l'ordre de la découverte et dernière dans celui du fondement.Seuls échappent à ce type de

critère logique,mathématique et,dans une certaine mesure,théologie."Parmi les principes,les uns sont appréhendés par l'induction,d'autres par la sensation et d'autres par une sorte d'accoutumance (éthismô tini). 

 

SUITE: EUDEMONISME

PROBLEME: LE BONHEUR EST-IL L'OBJECTIF SUPREME DE LA POLITIQUE ?

 

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