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"[M.de Sacy] crut donc devoir ainsi mettre M.Pascal sur son fort,et lui parler des lectures de philosophes dont il s'occupait le plus.Il le mit sur ce sujet aux premiers entretiens qu'ils eurent ensemble.M.Pascal lui dit que ses deux livres les plus ordinaires avaient été Epictète et Montaigne,et il lui fit de grands

éloges de ces deux esprits.M.de Sacy,qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs,pria M.Pascal de lui en parler à fond." ( Pascal,Oeuvres complètes, II,Gallimard,2000,édition de Michel Le Guern,pp. 85-86).

 

INTRODUCTION

 

Nous ne savons de l'Entretien que la situation intellectuelle des protagonistes . Seule celle-ci est précisée,car nous ignorons ,par contre,si le rapprochement des auteurs cités par Pascal en réponse à la question de M.de Sacy,atteste autre chose que l'énumération d'une simple préférence, ou si la

proximité résultant de leur familiarité pour PascaL impliquerait un rapport de nature philosophique vrai entre Montaigne et un philosophe stoïcien.Mais là ne se borne pas notre interrogation,car, à supposer l'existence d'un rapport philosophique entre l'un et l'autre,celui-ci n'existe-t-il que par la médiation du

lecteur,Pascal, ou est-il de nature historique,et ne peut-il donc être que d'un seul sens et nous faudrait alors envisager l'hypothèse d'un Montaigne stoïcien ? Nous proposons de suivre le texte de l'Entretien dans le volume II des Oeuvres complètes de Pascal ,édition présentée,établie et annotée par Michel Le Guern,Gallimard,2000, pp.82-98.

La présentation du texte de l'Entretien est dûe aux  Mémoires de Fontaine et consiste en une analyse très précise du rôle et de la personnalité spirituelle singulière de M.de Sacy,mais aussi de Port-Royal -des- Champs, cadre qui a permis la rencontre par l'entremise de leur hôte , M.Singlin ,personnage

important du jansénisme parisien.Mais là ne se borne pas le propos de la présentation,puisque l'Entretien proprement dit est  précédé par un exposé de deux pages ,sur le mode polémique, du mécanisme cartésien et de l'engouement suscité dans le monde scientifique et même à Port-Royal.

"Il n'y avait guère de solitaire qui ne parlât d'automate.(...) Le château de M.le duc de Luynes était la source de toutes ces curiosités,mais qui était inépuisable.On y parlait sans cesse du nouveau système du monde selon M.Descartes,et on l'admirait.Mais jamais on ne put voir M.de Sacy entrer dans

ces sciences curieuses. Il se riait doucement quand on lui parlait de ces choses ."(o.c.,p.83).Suit une présentation des qualités mathématiques et scientifiques de Pascal, et du rôle joué par M.Singlin pour profiter, grâce à Port-royal-de Champs et à une rencontre avec M.de Sacy, de l' intérêt de ce

dernier pour la philosophie. M. de Sacy est en effet connu pour son attachement particulier à  St Augustin , dans une communauté  pourtant  réputée se réclamer de lui . Suit alors ,sans transition,la reconnaissance,par Pascal,d'un double attachement,qui,à première vue,pourrait apparaître singulier, à Epictète et à Montaigne.

 

I) EPICTETE

Gardons bien à l'esprit le propos de Pascal.D'une part,il doit justifier son choix philosophique; et,de l'autre,il lui faut aussi rendre compte de sa venue à Port-Royal-des-Champs, gage de sa conversion définitive au jansénisme.Aussi notera-t-il dans une Pensée :"Quand Epictète aurait vu parfaitement bien le

chemin,il dit aux hommes :' Vous en suivez un faux.' Il montre que c'en est un autre,mais il n'y mène pas.C'est celui de vouloir ce que Dieu veut.Jésus-Christ seul y mène: Via veritas."(Fragment n°130,p588)  Certes,Epictète "a bien connu le devoir de l'homme",car sa morale dépend d'une juste vision du divin.Mais

l'originalité de son interprétation ,fondée sur l'humilité,ne fait pas de place à la charité .Il suffit,en effet,pour mener une vie raisonnable,que l'agent moral se conforme au rôle qui lui est assigné mais qu'il n'a pas choisi .Or ,si l'on va au bout de la comparaison théâtrale,cela veut dire ,finalement ,qu'il faut et qu'il

suffit de se connaître soi-même,et que l'action morale n'est guidée que par une juste évaluation de ce qui nous convient le mieux,hic et nunc.Ainsi le suicide peut-il répondre à une situation particulièrement critique.En résumé,du commandement biblique et chrétien, "aime ton prochain comme toi-même" , Epictète ne peut-il proposer que l'amour de soi. Ethique non pas fausse en elle-même, mais radicalement aveugle à la présence de l'autre en tant que même.

 

2) MONTAIGNE

Bien différente devrait être la difficulté à juger l'intérêt philosophique mérité par Montaigne.Certes,l'auteur des Essais , comme Pascal ,est catholique de naissance,mais le siècle qui les sépare pourrait rendre surprenant qu'un contemporain de Louis XIII et de Louis XIV ait à tirer un intérêt philosophique 

prédominant des réflexions suscitées par la relation d'évènements tels que la Réforme luthérienne de 1520,suivie par la Confession d'Augsbourg de 1530,ou du commentaire désordonné et bavard de la Théologie Naturelle dans l'Apologie de Raimond de Sebonde. Non seulement ce nouveau siècle

n'a pas apporté de changement majeur dans les domaines politique et religieux,mais ,par contre,la révolution mécaniste instaurée par Descartes en mathématique et en physique est encore récente,même pour le Pascal de l'Entretien.

La réponse est purement philosophique. Elle tient dans le conflit intellectuel et spirituel qui habite Pascal jusquà la rupture  avec sa période 'libertine'.L'influence exercée sur lui par le milieu familial et janséniste semblera être sur ce point décisive, puisque la date supposée de l'Entretien (1654)

coïncide avec celle de sa conversion à l'Augustinisme de Port-Royal-des-Champs  (1654).Désormais,son opposition radicale à la philosophie semblera être définitive, ce qui n'est pas encore le cas ici; Il notera :"Les Grecs et les Latins ensuite ont fait règner les fausses déités,les poètes ont fait cent diverses

théologies,les philosophes se sont séparés en mille sectes différentes;et cependant il y avait toujours ,au coeur de la Judée,des hommes choisis qui prédisaient la venue de ce Messie qui n'était connu que d'eux."(Pensée n° 264;o.c.p.642).

S'il n'y a pas d'accord philosophique possible entre un chrétien et un grec - la réponse du chrétien est immédiate,comme en témoigne la brièveté de celle de Pascal -,il en va tout autrement si le débat a lieu à partir d'une même foi partagée,et surtout si cette foi est prise comme seul critère,ce qui est le cas

de Pascal mais aussi de Montaigne,une fois les cent pages de l'Apologie bien lues comme une réfutation de la théologie naturelle et rationnelle,et non comme sa défense.Cette réduction du fondement religieux à la foi du croyant laisse en effet libre champ aux dimensions métaphysique et éthique de

l'existence.Mais cette liberté qui ouvre pour Montaigne la quasi-totalité du vivre-humain - politique,professionnel,familial,domestique,intellectuel,européen- et que seule trouble par accès la douleur de la maladie,n'offre à Pascal,une fois converti qu'une foi brulante,dévorante,au sens strict du terme ne permettant

plus à la brillante intelligence du savant de s'exercer que par la critique de "l'humain trop humain" (par exemple avec les Provinciales).Mais, déjà dès l 'Entretien, il va interpréter Montaigne dans le sens qui s'accorde avec son propre scepticisme philosophique,c'est-à-dire avec son fidéisme.Montaigne ne

pourrait donc être que pyrrhonien.Il soutient en effet que "le scepticisme est une arme contre le fanatisme luthérien et l'impiété horrible de l'athéisme".Toutes les notions communes sont sujettes à caution,mais aussi toutes les sciences: géométrie ,physique,médecine,histoire,politique,morale.Et si les stoïques

s'élevaient jusqu'au divin,Montaigne ,lui, fait la part belle à l'animalité,à la vie et aux moeurs des bêtes.Aussi,selon Pascal, "Montaigne règle son action sans se soucier de la philosophie et rejette la dureté stoïque".Si l'on en vient au rapport entre Epictète et Montaigne,Pascal " reconnait le peu d'utilité de ces

lectures philosophiques  qui se détruisent mutuellement et s'anéantissent pour faire place à l'Evangile."Epictète mène à l'orgueil: Montaigne est absolument pernicieux a ceux qui ont quelque pente à l'impiété et aux vices."

Toutefois,l'entretien s'achève sur une conclusion moins pessimiste puisque Pascal accorde même que "la philosophie est le centre de toutes les vérités." Aussi loin de se contredire et s'annuler l'un -l'autre,Montaigne et Epictète se complètent -ils.En effet "Montaigne est incomparable pour confondre l'orgueil de

ceux qui hors la foi se piquent d'une véritable justice;pour désabuser ceux qui s'attachent à leurs opinions,et qui croient trouver dans les sciences des vérités inébranlables.(...)Il me semble,conclut donc Pascal ,qu'en les joignant ensemble,elles ne pourraient pas réussir fort mal,parce que l'une  s'oppose

au mal de l'autre.L'âme se trouvant combattue par ces contraires,dont l'un chasse l'orgueil et l'autre la paresse,et ne pouvant reposer en aucun de ces vices par ces raisonnements,ni aussi les fuir tous."

 

3) MONTAIGNE SANS PASCAL

L'entretien ménagé à Port-Royal-des-Champs par M.Singlin entre Pascal et M.de Sacy ne peut être que faussé dès le départ ou,du moins fictif et purement scolaire ,pour une raison bien simple : on ne pourrait restituer un rapport direct,ici celui d'Epictète et de Montaigne,qu'à partir des Essais eux-mêmes.Or, si

une lecture attentive du  texte fait bien apparaître toute l'importance accordée par Montaigne à la doctrine stoïcienne,le nom même d'Epictète est quasi absent de tous les passages qui s'y réfèrent.Non seulement y figurent les fondateurs,Zénon et Chrysippe,mais une place prédominante y  est même

accordée  à  d'importants personnages romains de la République et de l'Empire,comme Cicéron l'Académique ou Sénèque,tout à la fois philosophe du Portique et précepteur,puis directeur de concience de l'Empereur Néron.Cela ne veut pas dire que les Diatribes d'Epictète (ou,si l'on préfère,d'Arrien)

seraient dépourvus d'intérêt philosophique - non plus que l' Egcheiridion,d'accès plus courant - .ni même les Pensées de l'Empereur Marc-Aurèle.,mais que nous nous proposons, pour une raison de simple équité,d'aborder la doctrine stoïcienne à partir des sources latines où a pu puiser Montaigne, même s'il

s'agit de l'Académique Cicéron,l'un des plus importants connaisseurs et critiques de la doctrine.Nous faisons donc l 'hypothèse que situer en Pascal le point de vue sur le rapport de Montaigne à Epictète ne peu qu'obscurcir l'influence réelle,même si elle existe,de la doctrine stoïcienne sur l'analyse de soi à laquelle Montaigne se livre dans Les Essais.

 

4) LE DEFINIBUS BONORUM ET MALORUM

Selon Victor Goldschmidt,auteur de la préface au Livre III du De finibus bonorum et malorum de Cicéron, le troisième livre du De Finibus "suffirait à faire voir le haut degré de cohérence que les Stoïciens savaient atteindre en une matière qui ,par elle même ,en comporte si peu."( Les Stoïciens,Gallimard ,1962,

Bibliothèque de la Pléiade,p.259). Cet exposé met en scène la rencontre de l'auteur avec Marcus Caton,arrière-petit-fils de Caton le Censeur,à Tusculum,"dans l'abondante bibliothèque du jeune Lucullus."L'exposé est tenté par M.Caton,"bien que la doctrine stoïcienne soit assez difficile et obscure

"en raison du nombre de termes grecs inventés par Zénon et ses disciples." Le problème préalable est donc de nature linguistique : faut-il s'accoutumer à l'emploi du terme original, ou lui trouver soit un équivalent latin, soit une périphrase.Cette difficulté écartée, le stoïcisme a pour base un naturalisme;

"Selon ceux dont j'approuve la doctrine,l'être vivant,dès sa naissance,est enclin à se conserver,à aimer sa propre constitution ainsi que tout ce qui peut la conserver; (...)D'où l'on doit conclure que le principe de leurs actions est dérivé de l'amour de soi. Mais les Stoïciens ne sont pas d'avis de placer le plaisir

dans les principes d'action issus de la nature.(...)D'après les Stoïciens,l'homme répugne à l'assentiment faux plus qu'à tout le reste de ce qui est contraire à la nature.(...).Poursuivons donc.Nous étions partis des principes de la nature,auxquels doit se conformer ce qui suit.Or ce qui vient après eux,c'est une

première division que voici : ils appellent 'estimable' (je traduis ainsi 'axion') ou bien l'objet conforme à la nature,ou bien celui qui a un effet tel qu'il mérite d'être choisi en vue de cet effet.Le non-estimable est le contraire de l'estimable.Une fois  bien établis ces principes :il faut prendre pour eux -mêmes

les objets conformes à la nature et rejeter leurs contraires; le premier 'officium' (je traduis ainsi kathêkon) d'un vivant est donc de se conserver dans la constitution qui est propre à sa nature et de repousser le contraire.(...)Les actes que j'ai appelés des 'officia' et qui ont pour points de départ les principes de

la nature doivent être rapportés à ces penchants primitifs;et l'on peut dire justement que tous les 'officia' ont pour but d'atteindre  les objets premiers de ces inclinations;;non pas que ce soit là la fin des biens,puisque l'acte honnête ne réside pas dans les premiers penchants naturels;il suit et il naît après eux;il

n'en est pas moins vrai qu'il est conforme à la nature et qu'il nous exhorte à les rechercher bien plus que les objets précédents ne nous attiraient vers eux."ll y aurait donc deux Souverains -Biens  )" Il ne faut pas confondre la fin naturelle (télos) et le but occasionnel (skopos),commente Emile Bréhier dans la note

1 de la page 269.Et il précise (note 2 de la page 268)" La constance dans l'accomplissement des 'officia' qui fait que l'accord (ou le rejet) reste d'un bout à l'autre d'accord avec lui-même0 c'est cet accord qui constitue l'honnête et qui a une valeur très supérieure  à la satisfaction sporadique des penchants sous

leur forme spontanée ou réfléchie (officia).".

L'éthique du Portique présente l'avantage de rendre compatibles l'absolutisme moniste de l'honnête (katorthôma - honestum) et l'investissement du citoyen dans les multiples tâches qui l'attendent (kathèkonta) dans la vie quotidienne (officia). Cicéron expose ici à la suite le fondement de ce qui pourrait choquer

le lecteur dans les premières pages du Manuel d'Epictète ,la 'théâtralité' de l'existence humaine.Ce fondement est double ,car ,d'une part,l'animal sans réflexion ni raison ' est nécessairement ce qu'il est' et met en oeuvre ses données insstinctives; mais si, d'autre part,l'honnête ne peut être qu'un

commandement de la raison pure,la liberté de choix de l'humain doit s'exercer dans l'entre-deux."Rappelle-toi ,dira Epictète :tu es acteur dans un drame,un drame tel que le veut l'auteur" (Manuel,XVII).En effet,la liberté humaine n'est pas création mais simple mise en oeuvre,et la valeur de celle-ci, simplement-

estimable ou non estimable-,apparaîtra dans les 'officia',les divers devoirs humains "dont le premier [commun à tous les vivants] est de se conserver dans la constituion qui lui a été donnée par la nature" ,et dont la suite des buts (skopoï) devra continuer à s'accorder selon une harmonie propre à chacun ( finis).

"Comme les membres nous ont été donnés pour nous adapter à un certain mode de vie,de même l'inclination dans l'âme,en grec 'hormè",parait nous avoir été donnée en vue d'une forme de vie bien déterminée,et non pas quelconque,il en est encore de la raison et de la raison achevée."(o.c.p.270).

Nous ne savons pas quel fondateur de la doctrine est l'auteur du paradigme "théâtral",mais sa présence sous le stylet de Cicéron montre qu'Epictète- ou Arrien - l'a emprunté à l'histoire de la doctrine.En résumé, le coeur de celle-ci est bien constitué par la dualité entre les rôles ou, devoirs, et les vertus,le

terme extrême,le souverain bien, étant de 'vivre en harmonie avec la nature' : non pas seulement celle d'un vivant,ni même celle d'un bon citoyen ou d'un bon père,mais celle de ma nature propre,condition d'une" vie de sage,vie heureuse ,parfaite,fortunée."(ibidem,p.271).

 

5) LES STOICISMES DE MONTAIGNE

La section précédente nous a permis d'exposer les fondements théoriques que Montaigne a pu trouver dans la lecture du livre III du De Finibus Bonorum et Malorum de Ciceron.Il nous faut passer aux références précises contenues dans les Essais et,en premier lieu,a celles que suggère le titre même de notre

chapitre.Or, si l'on en croit l'unique référence à Manuel LI,ch14, il semble bien que Montaigne ne trouvait pas dans Epictète,pas plus d'ailleurs que chez Marc-Aurèle,la source favorite de son inspiration .Multiples,par contre sont ses citations latines de Sénèque,et particulièrement-mais non exclusivement- des

Lettres à Lucilius.Le Livre I des Essais cite les Lettres 98,74,91,24,108,105,-33,103,90,40 ,115,76,119.Le Livre II les Lettres 120?13?124,102,123,87,81 et 69.Le Livre III les Lettres 39,94,115,99,53,33,95,59,88,56,6,64,22,90,91,13,24,98,18,15,119,74.

Un recoupement dans l'ordre numérique progressif ne fait cependant apparaître que peu de Lettres présentes à tous les stades de la réflexion montanienne: les numéros 6,13,18,24,53,87 et 123.Mais si revient à une vision d'ensemble des Lettres ,les trente premières développent plutôt des activités de direction

de concience ,alors que les numéros les plus élevés qui correspondent à la maturité et aux dernières années de Sénèque se rapportent davantage à une formation théorique et philosophique.

Terminons notre examen par celui des oeuvres ciceroniennes.Tous les traités philosophiques sont mis à contribution: Premiers Aacadémiques, De Finibus,Tusculanes,De la nature des Dieux,Traité du Destin et De Officiis,mais si tous ne sont pas consacrés exclusivement à la doctrine stoïcienne,

Montaigne a bien compris le jeu doctrinal des philosophies anciennes,pré-ou post-socratiques toujours à l'oeuvre à la Renaissance, et que seule pourra rendre momentanément caduc la domination du cartésianisme.

 

6) RETOUR A CICERON : DU SYSTEME DES DOCTRINES  A  LA PRATIQUE DE LA VIE QUOTIDIENNE

Aborder Ciceron more philosophico ,c'est d'abord avoir franchi deux difficultés préalables,nous a--t-il prévenus ,non seulement celle des pièges de la langue grecque, mais aussi celle de l'emploi académique,au sens large,du latin,c'est-à-dire du discours dans toutes ses dim:ensions,rhétorique,juridique,polititique.

Pourtant,ces barrières franchies,une difficulté demeure,constitutive celle-là du discours proprement philosophique et qu'il souligne non sans provocation finale du lecteur,dans la 'péroraison' des Premiers Académiques " :"Lorsque nous reprendrons plus tard ces recherches,faisons porter l'entretien sur les dis-

sentiments si nombreux de ces grands hommes, sur l'obscurité de la nature et sur l'erreur de tant de philosophes qui s'accordent si peu sur le nature des biens et des maux que,puiisqu'il ne peut y avoir qu'une seule vérité,tant de doctrines connues doivent être ruinées.;" (Les StoIciens ,Gallimard,1962,p.256).

Si l'on en croit Lucullus ,dans le Livre II des Premiers Académiques (Lucullus et la philosophie), une révision de l'Ancienne Philosophie s'impose,car,qu'il s'agisse d'Empédocle,d'Anaxagore,de Démocrite,de Parménide , de Platon et même de Socrate,"la plupart de ces philosophes me semblent trop affirmatifs

sur certains points,ils prétendent savoir plus qu'ils ne savent ."(Flammarion G.F. bi-lingue,2010,p.135; Gallimard,Bibliothèque de La Pléiade,1962,p.194).Mais telle n'est pas la difficulté majeure du scepticisme.Comme nous l'avons dit, les arguments sceptiques,en particulier depuis

Carnéade,ni tirent sens et valeur que de leur opposition aux définitions et arguments pris chez les Stoïciens ,en particulier chez Zénon ,Arcésilas et Antipater.Ainsi en va-t-il de la définition de la Démonstration ( en grec :apodeixis)" ratio quae ex rebus perceptis ad id quod non percipiebatur

adduxit"(Flammarion-G.-F.,p.148) D'une manière plus générale, "l'esprit humain étant suprèmement adapté pour la connaissance des choses et la ferme conduite de la vie,il embrasse avant tout l'instruction et cette katalepsis (mot-à-mot :compréhension),il l'aime non seulement par elle-même,mais encorepour son utilité."(ibidem,G.-F.,p155.).

Mais la supériorité spéculative des Stoïciens sur la Nouvelle Académie ne se borne pas à la Physique et à la Dialectique (la Logique), c'est dans l'analyse de l'action qu'elle va surtout se manifester.

"Chrysippe proclame souvent que seules trois opinions (sententias) peuvent être soutenues sur le bien suprème (de finibus bonorum),il coupe et retranche la multitude des autres.La fin est soit la valeur morale (honestatem),soit le plaisir,soit l'un et l'autre ( utrumque pour utrimque).." Toutefois,Zénon précisait

que "le bien suprême est une vie vertueuse (honeste vivere)menée en accord avec la nature (quod ducatur a conciliatione naturae".(Garnier-G.-F.,p.268.),définition qui conforterait plutôt la troisième option chrysipéenne et en ferait le modèle suprême du stoïcisme.

 

7) LE  DE  OFFICIIS 

"Ciceron.- Nous vivons,en effet une époque étrange.mais souvent les hommes construisent le monde à leur façon et font ,des choses,le contraire de ce qu'elles sont...César vient-il,demain au Capitole ?   Casca.- Il y vient.Il a ordonné à Antoine de vous le faire dire."                     Shakespeare,   Jules Cesar   Acte I,scène 3. 

                             

Situation de l'oeuvre

Le D.0.est une oeuvre de circonstance,héritage moral légué par Ciceron 'sénior' à Ciceron 'junior', destiné à tenir lieu d'une présence réelle. Son genre littéraire est complexe,car,à la différence du De Finibus ,la part de l'exposé théorique y est réduite aux rappels indispensables à la fondation d'une

éthique humaniste.Par contre,cette éthique est développée comme elle ne l'a jamais été, puisque la contribution proprement philosophique s'y accompagne,en particulier dans le livre III,d'une large ouverture sur l'histoire,la société,la politique et le droit romains.De plus,loin de s'en tenir à la neutralité 

d'un exposé objectif,la parole -ou plutôt son substitut - prend l'accent d'une véritable confession du père à son fils, tout en portant sur la fin du régime républicain un jugement dont la sévérité sera doublement confirmée par la mort même de son auteur ,comme par celle des libertés romaines.Le repos

forcé de Ciceron,l'impossibilité qui lui est faite de regagner la capitale ,est exposée dans toute sa brutalité dans le prologue de ce troisième livre :"En effet,depuis la disparition du Sénat et la suppression des tribunaux [c'est-à-dire leur remplacement par le libre déploiement de vengeances criminelles]

que pourrions -nous faire sans pouvoir nous défendre au Sénat ou au Forum ? Ainsi,nous qui vivions naguère au milieu du plus grand concours et sous les yeux de nos concitoyens,fuyant à présent la vue des criminels,dont tout est rempli,nous nous dérobons autant que possible aux regards et sommes souvent seul."(De Officiis, 'Les Belles Lettres',édition bi-lingue,2019,p.295.)

 

Analyse de l'oeuvre.

L'analyse de De Officiis de doit pas s'en tenir à son contenu doctrinal,car il ne s'agit pas seulement d'un exposé de philosophie ,mais l'intention explicite de Ciceron est de le présenter à son fils comme une préparation à la vie,à la fois civique,personnelle et humaine,avec toutes les dimensions de l'humanité.

Par ailleurs,comme nous l'avons précisé dans l'Avant-propos,Ciceron 'junior' doit savoir quelle menace pèse sur la liberté ,la sécurité et même la vie de son père et peut-être même sur l'ensemble de leur famille, en raison de l'action persistante de l'homme public à l'encontre du vengeur de César,Marc-Antoine .

Le républicanisme de Cicéron s'est manifesté sur tous les plans,politique,judiciaire, intellectuel et moral.Le De Officiis est donc simultanément un manifeste politico-historique et une tentative de justifier idéologiquement ,davantage peut-être que par des références doctrinales tranchées,l'ensemble de ses choix.

a) L'appartenance doctrinale.

Nous avons déjà souligné l'équivoque philosophique constante de ses oeuvres,et ,spécialement,du De Officiis. Donnons-en quelques exemples.Bien qu'il fasse clairement allégeance à un platonisme souvent assimilé à son interprétation péripathéticienne de l'Ethique à Nicomaque,son argumentation

prend appui en permanence sur la doctrine du moyen-stoïcisme (Panetius,en dépit d'un doute sur l'inachèvement de son oeuvre ) et sur des rappels aux principes fondateurs de Zénon et de Chrysippe.Cette dualité est,par exemple ,particulièrement explicite au début du Livre III (§ 19-20).Nous en donnons ici

un exemple ."  19 Souvent,en raison des circonstances,ce qui est ordinairement tenu pour honteux la plupart du temps se trouve ne pas l'ëtre.(...) C'est pourquoi ,de manière à pouvoir trancher sans erreur chaque fois que ce que nous qualifions d'utile paraîtra entrer en conflit avec ce que nous comprenons

comme honnête,il faut établir une règle - 'formula quaedam constituenda est'  nous proposerions  aussi ' un critère ' -; et si nous la suivons  dans la comparaison des choses entre elles,jamais nous ne nous écarterons du devoir -ab officio numquam recedemus -. 20 Or cette règle sera essentiellement

conforme à la doctrine et à l'enseignement des Stoïciens,qu'à vrai dire nous suivons dans ces livres,parce que,bien que les anciens Académiciens et  vos Péripatéticiens (qui étaient autrefois les mêmes que les Académiciens) donnent à l'honnête la préférence à ce qui paraît utile,ces considérations seront

cependant traîtées avec davantage d'éclat -tamen splendidius-par ceux pour lesquels tout ce qui est honnête paraît utile et rien n'est utile qui ne soit honnête,que par ceux pour lesquels certains actes honnêtes ne sont pas utiles,ni certains actes utiles honnêtes."(o.c.,p.313).

Ce 'radicalisme',vanté par le père à son fils est-il pourtant la philosophie pratiquée par Ciceron et ses proches? Nullement  !  Car il ajoute :"Pour nous,Notre Académie - (celle qui est issue de Cratès et des Cyniques) -nous accorde une grande liberté,de sorte que,tout se présente comme le plus probable il nous est permis de le défendre en étant dans notre bon droit."(idem.,p.313).

Il y a donc, dans l'argumentation de Ciceron à l'adresse de son fils, une référence indiscutable à un plaidoyer en faveur d'une interprétation maximaliste et restrictive du critère de l'honnête qui ne correspond pas à sa pratique ordinaire d'homme public.Car si "le devoir que le doctrine stricte nomme rectitude ou

en grec-catorthôma- est le bien moral unique,ce même terme désigne pour les Péripatéticiens -"vos  Peripatéticiens",souligne-t-il à en visant l'enseignement des professeurs de son fils, "non le seul bien,mais le bien suprême -celui que nou sommes accoutumés à nommer "souverain bien"- (III,11;p.303)".

b)Le De Officiis ne se borne pas à répéter des thèmes que le De Finibus exposait et discutait déjà à un niveau philosophiquement plus élaboré.Il est en effet novateur sur deux points importants.Ciceron montre d'abord, en lecteur de l'Ethique à Nicomaque,que l'officium,le devoir,à la différence de ce que sera la

raison pratique kantienne,ne tire pas son sens d'une rationalité formelle , mais de vertus qui ,seules ,conformément à l''ethique d'Aristote lui donnent un contenu en fonction des situations rencontrées.Ces quatre vertus comptent d'abord la connaissance, qui saisit le relations de ressemblance ,prévoit les

effets et recherche les causes,et dont la valeur est la vérité..Mais les trois autres en diffèrent,par leur rapport à la pratique et non à la théorie; ce sont la justice (et le droit),la bienfaisancet la générosité (beneficentia et liberalitas),le courage (et la grandeur d'âme -mégalopsychia),et enfin la mesure

et la maîtrise de soi.Le deuxième point,en rapport avec la quatrième vertu,nous ramène au fondement de la doctrine stoïcienne,la conformité à la nature et à son interprétation.Or,pour l'homme cette conformité ,loin de se réduire à l'animalité qu'il partage avec les bêtes se manifeste par son humanité.

c)        "Sans doute le célèbre Chrèmes de Térence pense-t-il que 'rien d'humain ne lui est étranger' ( humani nihil  a se alienum putat)."                                                                               De Officiis, I,9  (Les Belles Lettres,2014 p. 35).            

 "De plus,si c'est là ce que la narure prescrit à l'homme,de veiller sur l'homme,quel qu'il soit et pour cela même que c'est un homme,il est nécessaire,suivant cette même nature que l'utilité de tous soit nécessaire à tous.C'est assurément une loi de la nature qui nous interdit de faire violence à autrui.Or l'antécédent

est vrai;le conséquent est donc vrai aussi.(...)Quant à ceux qui soutiennent qu'il faut tenir compte de ses concitoyens,mais non des étrangers,ils désunissent la société commune du genre humain,dont la suppression entraîne la disparition complète de la binfaisance,de la générosité,de la bonté et de la justice.(o.c. III,6;p.319).

8) MONTAIGNE, LECTEUR  ET  CRITIQUE  DE CICERON

 

-A-Lecteur

Au terme de ce " passage du témoin" entre grands moments historiques et culturels - Antiquité grecque post-socratique,brutal basculement de la République romaine dans le Principat  césarien et l'Empire,Renaissance de l'Antiquité et guerres de religion ponctuées par la Saint-Barthelemy et la Ligue - il semble

indéniable que Cicéron aura joué,objectivement, mais pour une part,aussi, consciemment, en s'adressant simulténément à son fils et à tous les lecteurs,présents et à venir,le rôle de porteur de témoin.On pourra juger qu'il s'agit là d'autre chose,de beaucoup plus,que de rivalités entre doctrines

philosophiques.Mais sans doute y  est-il question aussi de philosophie,d'un mode discursif fondé sur le débat et la discussion - la "dialectique" - ,car si la mutation qui marque la fin du seizième siècle en Europe associe inséparablement politique et religion,celle ,sans doute plus décisive encore, qui a

bouleversé  le Monde Méditerranéen ,le proche-Orient ,mais aussi une partie considérable de l'Europe du Nord,bien qu'elle ne semble mettre en cause que des rivalités de puissance et des modalités d'organisation du pouvoir politique ne saurait manquer de justification idéologique..Or,dans un cas comme dans

l'autre,le vecteur discursif et culturel qui accompagne ces figures de révolution se rattache dans sa modalité conceptuelle ,que sa forme soit prosaïque ou poétique ,à des références doctrinales fondamentales.

Montaigne,dans ses Essais,fait la part belle aux poètes latins ,car le latin, sa première langue vivante, a des vers aussi aisés à retenir qu'à graver sur les poutres de sa 'librairie'.Les noms de Virgile,Ovide,Catulle,Properce,Lucrèce,Lucain,Horace,Juvénal,Pétrone,Térence,Martial,accompagnent tour-à-tour les

développements,longs ou brefs. Chez lui, les poètes rivalisent  en effet avec les historiens et biographes, latins ou grecs,tels que Plutarque,Tite-Live,Quintilien,César,Tacite,Xénophon,Suétone,Quinte-Curce,ou Salluste.C'est pourtant, la présence ,explicite ou sous-jacente, d'une interprétation

doctrinale ,philosophique, qui confère à ses jugements l'appui d'une école ou d'un penseur privilégié tel que Socrate,Platon,Aristote ou Panétius..Or,en lisant Ciceron,c'est l'ensemble des auteurs grecs ou latins qui est rendu présent..Cicéron- éducateur,offre en médiateur privilégié,  tout ce que peut offrir

la sagesse antiques .Il est pourtant mal reçu par Michel Eyquem,seigneur de Montaigne.

 

-B- La  critique.

Le chapitre 10  du Livre II des Essais  ,intitulé sobrement "Des Livres", mais qui devrait plutôt se nommer "De la lecture" ,s'adresse à ses lecteurs en  précisant ce que Montaigne en attend.:"Je ne cherche aux livres  qu'à m'y donner du plaisir par un honneste amusement;ou,si j'estudie,je n'y cherche que

la science qui traicte de  la connoissance de moy mesmes,et qui  m'instruise à bien mourir et à bien vivre." (Gallimard,Bibliothèque de la Pléiade,1950,p.450)."

Pareille déclaration met  brutalement en lumière ce qu'on peut nommer l'égocentrisme foncier qui est la règle de Montaigne ,sous toutes ses formes et interprétations.Et c'est bien le critère de goût et d'intérêt qu'il va appliquer à la lecture des oeuvres cicéroniennes.Il l'applique successivement à deux auteurs

qui lui sont familiers,Plutarque et Sénèque."Plutarque,écrit-il, est plus uniforme et constant;Sénèque ,plus ondoyant et divers.(...)Plutarque a les opinions Platoniques,douces et accomodables à la société civile;l'autre les a Stoïques et Epicuriennes,plus éloignées de l'usage commun,mais,selon moi,plus

commodes en particulier et plus fermes.(....).Quant à Cicero,les ouvrages qui me peuvent servir chez lui à mon desseing,ce sont ceux qui traîtent de la philosophie signamment morale.Mais à confesser hardiment la vérité,(car,puisqu'on a franchi les barrières de l'impudence,il n'y a plus de bride),sa façon

d'escrire me semble ennuyeuse,et toute autre pareille façon.Car ses préfaces, définitions,partitions ,etymologies consument la plus part de son ouvrage;ce qu'il y a de vif et de mouelle est étouffé par ses longueries d'apprets.car il n'est pas encore venu aux arguments qui servent à son propos,et aux raisons qui

touchent proprement le neud que je cherche."(o.c.,pp 454-455).Montaigne poursuit l'expression de son insatisfaction quelques lignes plus loin."Quant à Cicero,je suis du jugement commun,que,hors la science,il n'y avait pas beaucoup d'excellence en son ame: il estait bon citoyen ,d'une nature

debonnaire,comme sont volontiers les hommes gras et gosseurs,tels qu'il était;mais de mollesse et de vanité ambitieuse,il en avait,sans mentir,beaucoup."(idem,p.457).

 

Chacun juge autrui d'après son temps et sa situation propre en ce temps.C'est le cas de Montaigne,seigneur périgordien,fils du Maire de Bordeaux,et Maire lui-même ,avant de voyager en Europe puis de s'isoler pour écrire sans perdre pour cela ses liens avec une monarchie finissante puis avec ceux du

successeur présomptif.Cela l'autorise-t-il de porter un jugement aussi réducteur sur l'oeuvre intellectuelle et politique d'un personnage dont l'action ,en son temps, le mit de plain-pied avec César,Marc-Antoine,Octave, engagé qu'il était avec les Républicains Brutus et Cassius ,au point d'y laisser sa tête ?Qui,de

Montaigne ou de Ciceron,pourrait en toute légitimité ,s'autoriser à juger l'oeuvre de l'autre? Charles IX,sa mère et leur entourage ont-ils moins de responsabilié dans les massacres de protestants que Marc-Antoine et ses séides à l'encontre des Républicains responsables de la mort de César?

La situation de Montaigne,catholique affiché honoré par Henri III et pourtant hôte à plusieurs reprises du roi de Navarre et futur roi de France,l'autorise -t-elle à tourner en ridicule, en raison de son caractère supposé et de son apparence physique ,un des ultimes et plus brillants défenseurs de la République

Romaine ? Il y a là une sorte de bassesse morale indigne du personnage et de ses écrits .Mais peut-on s'attendre à une autre attitude de celui qui avoue tout ramener à soi? En vérité,et à l'opposé des apparences ,c'est lui ,Montaigne,qui héritier du "meilleur des pères" n'est ,en réalité,que l'homme de ses

lectures ,car sa situation ne lui permettait pas autre chose sans grave danger ,alors qu'en raison de son érudition, de sa parfaite connaissance du grec( à la différence de Montaigne),et de sa virtuosité rhétorique, Cicéron ,sénateur "engagé", a été un des acteurs effectifs de l'histoire politique romaine.

De cet engagement ,le De Officiis, adressé à un fils que ,proscrit par ordre de Marc-Antoine,il ne peut rencontrer avant de mourir,est l'ultime témoignage d'un de ceux que nous avons qualifiés de  passeurs de l'histoire. Est-il donc surprenant qu' un lecteur  de Ciceron tel que Montaigne, exclusivement soucieux "de sa mort et de sa vie" ,ne puisse pas reconnaître en Ciceron un personnage historique si différent de lui-même ?

 

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