DIALECTIQUE NEGATIVE

PHILOSOPHIE

PHILOSOPHIE

"Il est vrai qu'en philosophie les questions ont un tout autre poids que dans les sciences particulières où elles sont éliminées par leur solution alors qu'en histoire de la philosophie,le rythme serait plutôt celui de la durée et de l'oubli.Cela ne signifie pourtant pas,comme on ne se lasse pas de le répéter après

Kierkegaard, que l'existence du questionneur constitue cette vérité que la réponse ne fait que chercher en vain.En philosophie au contraire,la question authentique renferme presque toujours d'une certaine façon sa réponse.Elle ne connaît pas,comme la recherche,une consécution de la question et de la

réponse.Elle doit façonner sa question en fonction de ce qu'elle a éprouvé afin de le rapporter.Ses réponses ne sont pas données,faites,produites : en elles la question développée,transparente,se retourne.L'idéalisme voudrait justement étouffer cela , produire , produire toujours sa propre forme et si

possible tout contenu,c'est-à-dire 'déduire'.Le penser par contre,qui ne s'affirme pas comme origine,ne devrait pas dissimuler qu'il ne produit pas mais reproduit ce qu'il possède déjà en tant qu'expérience.Le moment de l'expression dans le penser l'incite à ne pas,more mathematico,faire semblant de

poser des problèmes et d'en donner ensuite la solution.Des termes comme problème et solution sonnent faux en philosophie parce qu'ils postulent justement l'indépendance de ce qui est pensé par rapport au penser là où le penser et ce qui est pensé sont médiatisés l'un par

l'autre.Philosophiquement ne se laisse comprendre proprement que ce qui est vrai.Le remplissement d'un jugement,avec lequel la compréhension s'accomplit,ne fait qu'un avec la décision concernant ce qui est vrai et ce qui est faux..Celui qui,énonçant un théorème,ne juge pas de la rigueur ou non

de ce théorème,ne le comprend pas.Son propre contenu de sens,qu'il faudrait  comprendre ,il l'a dans l'exigence d'une telle rigueur.C'est là ce qui différencie le rapport entre compréhension et jugement de la succession temporelle ordinaire.On ne peut pas plus comprendre sans juger que juger sans

comprendre.Ce qui retire sa légitimité au schéma selon lequel la solution serait le jugement,le problème n'étant que la question fondée dans la compréhension;Ce qui est médiatisé,c'est le nerf même de ce qu'on est convenu d'appeler démonstration philosophique,par contraste avec le modèle

mathématique sans que pour autant ce dernier disparaisse simplement.Car la rigueur de la pensée philosophique exige que sa démarche se mesure aux formes du syllogisme.En philosophie,les preuves représentent l'effort pour procurer un caractère obligatoire à ce qui est exprimé,en le rendant

commensurable aux moyens du penser discursif. Mais ce caractère ne découle pas simplement de ce penser : la réflexion critique d'une telle productivité du penser est elle-même un contenu de la philosophie. Bien que chez Hegel la prétention à déduire le non-identique de l'identité soit poussée au plus

haut point , la structure du penser de la Grande Logique implique les solutions dans la position des problèmes au lieu de présenter les résultats après avoir tiré un trait sous l'exposition.Cependant qu'il aiguise la critique du jugement analytique jusqu'à la thèse de sa 'fausseté',tout chez lui est jugement

analytique,revirement perpétuel de la pensée,sans que jamais mention soit faite de quelque chose qui lui soit extérieur. Le fait que ce qui est nouveau et différent se ramène à chaque fois à ce qui est ancien et connu , constitue un moment de la dialectique .Autant le lien de ce moment à la thèse de

l'identité est évident,autant il est peu circonscrit par cette thèse. Plus la pensée philosophique se laisse aller à son expérience,plus elle se rapproche ,paradoxalemement, du jugement analytique.Prendre pleinement conscience d'un désideratum de la connaissance,est la plupart du temps cette connais-

sance elle-même : c'est la contrepartie du principe idéaliste de la production sans fin.Dans le renoncement à l'appareil traditionnel de la preuve,dans l'accent mis sur le savoir déjà su,il s'impose à la philosophie qu'elle n'est nullement l'absolu."

                                          Theodor Wiesengrund Adorno ,  Dialectique négative ,tr.fr.Payot 1992 ,1e partie , I Le besoin ontologique - Question et réponse ( pp.57-58 ) .

                                                                    

 

 

 

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