DIALECTIQUE ET RHETORIQUE

"Par rapport à ceux des problèmes qui tombent le plus souvent,il faut connaître des arguments sur le  bout des doigts..."  Topiques,LIII,163 b ,17-20.

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En faisant dépendre la compréhension de l'époque d' "une réhabilitation théorique de l'autorité,de la tradition et,de façon générale,du préjugé,abusivement dévalorisé par le préjugé systématique de

l'Aufklärung contre toute espèce de préjugé, celle-ci s'impose comme préalable à toute appréciation correcte de la tâche de l'herméneute." (Jacques Bouveresse,Herméneutique et linguistique,Editions

de l'Eclat,1991,p.22). Si le rapport entre herméneutique et positivisme ou herméneutique et rationalisme des lumières  peut représenter un point de départ commode - que Bouveresse a

d'ailleurs tôt fait de quitter pour se consacrer  à une relecture attentive de Schleiermacher,Dilthey,Heidegger et Gadamer - ,l'existence d'une critique stimulante de Gadamer

par Habermas devrait suffire à montrer que, conformément à son intention même,la démarche herméneutique n'est pas l'enfermement dans une subjectivité  même partagée ou élargie,

mais l'accès à un horizon commun, ouvert à l'universel.

Mais là l'est pas notre objectif.Celui-ci est bien plus limité,puisqu'il s'attache seulement à évaluer la pertinence d'une méthode herméneutique pour la lecture de la dialectique telle qu'Aristote la conçoit.C'est là un

propos dont Paul Ricoeur,dans une étude intitulée Entre rhétorique et poétique:Aristote ,exprime bien le sens:"Plutôt que de dénoncer la doxa -l'opinion -comme inférieure à l'épistémè-à la

science,la philosophie peut se proposer d'élaborer une théorie du vraisemblable qui armerait la rhétorique contre ses propres abus,en la dissociant de la sophistique et de l'éristique.Le grand mérite

d'Aristote a été d'élaborer ce lien entre le concept rhétorique de persuasion et le concept logique du vraisemblable et de construire sur ce rapport l'édifice entier  d'une rhétorique philosophique."(in :La métaphore vive, Editions du Seuil,1975, p.17.)

Ce jugement ,auquel nous n'avons rien à retirer,rien à ajouter,est postérieur d'environ huit années à la traduction par Jacques Brunschwig des quatre premiers livres des Topiques aux Belles Lettres (1967,suivie,à quarante ans de

distance,par celle des quatre livres restants.) P.Ricoeur a donc pu bénéficier de la précieuse 'Introduction' rédigée par  l'éditeur et,tout particulièrement, de la dizaine de pages (XC à CIV) où celui-ci expose la formation de la dialectique

aristotélicienne au sein même de l'Académie.Pourquoi donc faut-il constater,dans le résumé de Ricoeur, l'absence de la dialectique dans des pages où,fors le nom,tout est dit ?  Aristote resterait-t-il masqué par l'interprétation de ses

épigones, écrasé par l'ombre de la statue de Platon,ou victime d'une domination du champ de la logique par la lecture qu'en font Hegel et ses disciples? Fantasme de notre part ?Ce serait ignorer la lutte effective, menée simultanément

sur le terrain de la philosophie et sur celui des institutions universitaire ,par le créateur de la "nouvelle logique". Il suffit en effet, pour s'en persuader, de citer un passage de la correspondance de Hegel avec Hinrichs :"Encore quelques

mots sur le reste : en vous attaquant d'une façon polémique à la logique telle qu'elle se présente encore actuellement,vous accomplirez une oeuvre très utile et très méritoire:en définitive,cela ne sert à rien de se borner à

exposer la chose.On doit jouer la partie sur le territoire de l'ennemi.Cela l'oblige davantage à regarder autour de soi,à abandonner sa hautaine indifférence et à se mettre,par l'effet de sa confusion,sur la défensive."

(Hegel,Correspondance II,1813-1822,tr.fr. TEL Gallimard,t.II,1963,lettre n°383,Berlin, le 7 avril 1921,p.225) .

Mais s'agit-il encore de débats philosophiques , ou bien plutôt  de ces affrontements agonistiques  que condamne Aristote parlant de "ces mauvais coucheurs [duskolainontes] qui font des entretiens des

disputes et non des discussions [agônistikas kai ou dialectikas poiountai tai diatribas]"(Top.VIII,161 a ,23-24) Une réponse motivée à cette question ne peut se trouver que dans l'approfondissement

réclamé par Ricoeur de la relation fonctionnelle entre rhétorique et dialectique,mais pour éviter une inévitable dispersion nous centrerons notre analyse sur la nature logique et sur le rôle philosophique fondamental

de l'argument nommé enthymème.

L'ENTHYMEME ,PONT ENTRE LOGIQUE ET RHETORIQUE

Si l'on en croit la recension de J.Brunschwig,la présence du terme "enthymème"dans l'ensemble des Topiques est un apax.La référence en est, dans le  livre VIII, " Omoiôs de kai en rhètorikois épi tôn enthumèmatôn" (164 a 5-6);elle

renvoie à la rhétorique pour son usage et constitue (Rhèt.,1395 b 23 ) "un syllogisme',ou ,pour être moins précis,une forme appliquée de raisonnement.Aussi est-ce pourquoi la Rhétorique en traîte longuement.

(A)Comme forme logique (Anal.prior.,II,27)

Rangé à la suite de l'abduction, de l'induction et de l'objection,l'enthymême est : "un raisonnement qui part du vraisemblable ou de signes [ex eikotôn è sémeiôn] "(70 a 10).Mais ne compliquons pas

d'emblée l'entente du terme, sous le prétexte de sa relative rareté et de son apparente bizarrerie.En fait,il est formé à partir de thymos,le coeur,le courage,et même,dans la langue commune qui reflète

la psycho-physiologie populaire,le principe spirituel.C'est pourquoi le verbe 'enthymeomai 'signifie simplement réfléchir.Or ce qui semble compliquer un peu plus la chose est que, réfléchir étant toujours

pour un grec - pour Platon,par exemple ! -" se tenir un discours silencieux",ce discours ,combinant plusieurs énoncés ,ne peut que prendre la forme d'un raisonnement,c'est-à-dire d'un 'syllogismos'.

En quoi consiste donc la particularité de ce raisonnement,et donc de l'argumentation qu'il structure ?Nous proposerions volontiers l'idée de motivation,au sens où c elui qui argumente ne prétend pas

fournir une preuve mais rendre compte de sa "mécanique mentale",dans le but non de convaincre,mais seulement de persuader.Nous verrons toutefois que, pour Aristote, la démarche rationnelle, doit avoir le pas sur le thème émotionnel.

L'analyse de l'enthymème se tient donc dans le cadre du syllogisme au sens technique du terme,c'est-à-dire suppose la connaissance de la structure ternaire de ses termes et de ses

propositions,mais aussi celle de ses figures.(Pour une présentation élémentaire,on pourra se référer à :Denis Vernant,Introduction à la logique standard,2° partie,chapitre

1er,2.1.3.,Flammarion,2001,pp.136 sq.) Elle tient compte par conséquent de la quantité et de la qualité des jugements ,mais aussi de leur modalité.Sa situation terminale dans le Livre II des

Premiers analytiques montre bien que sa pratique effective n'est qu'un appendice non scientifique de la méthode syllogistique.Aristote définit l'enthymème "un syllogisme qui part de prémisses vraisemblables ou de

signes;vraisemblable et signe ne sont pas la même chose,mais le vraisemblable est une prémisse reconnue [endoxos];en effet, ce qu'on sait le plus souvent se produire ou,non,être ou non,comme haïr

les jaloux ou chérir les êtres aimés,c'est le vraisemblable.Mais être signe veut dire être une prémisse  démonstrative soit nécessaire soit vraisemblable:la chose dont l'existence ou la

production entraîne l'existence ou la production d'une autre,aussi bien antérieure que postérieure,c'est là un signe de la production ou de l'existence de l'autre chose."(II,27,70 a2-9)

Afin d'éclaircir cette distinction,et plutôt que d'exposer dans le détail les exemples fournis par Aristote à l'appui de sa démonstration,nous nous limiterons à la note 4 de Tricot (Vrin,1966,p.324)reproduite in extenso :"Le signe est ainsi

nettement distingué du syllogisme.Le signe est formé d'une seule proposition:cette femme a du lait est un signe qu'elle a enfanté.S'il y a deux propositions (ce qui a du lait a enfanté,cette femme a du lait )c'est un syllogisme ex signo,un

enthymème,que les deux prémisses soient ou non expriméees."

Aristote ajoute une précision,la distinction entre signe et indice (tekmèrion)."L'indice est,de l'avis général,ce qui nous fait connaître (to eidénai poioun),et c'est surtout le moyen terme qui possède

cette propriété."(70 b 3)Nous nous trouvons ici au point de basculement de l'analyse logique (syllogistique) ,en épistémologie étiologique.La  sémiologie procède d'une lecture regressive du rapport causal.L'indice renvoie à un

rapport causal inscrit dans la nature.Le lien  peut être  établi entre sémiologie médicale et sémiologie judiciaire.Il s'agit de déchiffrer le grand livre de la Nature.

"Il  est possible de juger d'après les apparences corporelles (to physiôgnomonein),si on accorde que les affections naturelles (physika pathèmata) provoquent un changement simultané dans le corps

et dans l'âme.(...)Si donc on concède cette condition et qu'on admette aussi qu'un seul signe correspond à une seule affection,et si enfin nous   pouvons établir l'affection et le signe particuliers à chaque espèce animale,nous pourrons

juger d'après les apparences corporelles."(o.c.,70 b 7-fin) [En dépit de l'expression admise par la tradition de "passion de l'âme",nous préférons ,pour qualifier les émotions naturelles 'basiques' telles que :peur (phobos),colère(orgè),pitié

(éléos),aversion (diabolè),parler d'émotions que de passions,sélectives d'un objet  et modelées par la culture.]

Comment la syllogistique s'accorde à la sémiologie,on peut cependant le comprendre à partir d'un exemple. .Soit trois concepts: enfanter,noté A;avoir du lait,noté B;et être une femme,noté C.Le schéma de la

première figure appliqué à l'exemple donnera:" B est la conséquence de A";or  "C  est B ";donc"C est A".En résumé,une femme qui a du lait a enfanté".Autrement dit,un signe naturel est la

condensation d'un syllogisme de première figure dont le moyen terme peut rester implicite,car il s'agit là d'une loi naturelle et que la quantité des concepts n'intervient pas.Il y a là un indice et même

une véritable preuve.Mais il n'en ira pas de même si B note seulement "être pale".Avec la physiognomonie,sans doute déjà à la mode dans le milieu platonico-aristotélicien,le syllogisme devient la syntaxe d'un veritable langage

corporel.Mais il s'agit d'un raisonnement seulement hypothétique :"Si l'on admet qu'un seul signe correspond à une seule affection,et si nous pouvons établir l'affection et le signe particuliers à chaque espèce animale,nous pourrons

juger d'après les apparences corporelles."

Ce texte est fondamental.Non seulement il marque une rupture avec la psychologie socratico-platonicienne ,mais il exprime le naturalisme foncier d'Aristote avec la thèse d'un langage

corporel,mais aussi et surtout en appliquant cette sémiologie simultanément à l'animal et à l'être humain.Si le lion exprime le courage,"la même détermination pourra se rencontrer dans une autre espèce :

l'homme peut être courageux aussi bien que quelque autre espèce animale.Ces êtres auront donc le signe ("des membres grands et forts") ,puisque nous avons supposé qu'un seul signe  correspondait à une seule affection.Nous serons donc en mesure de juger d'après les apparences corporelles."(o.c.,70 b 10 sq.)

 

(B) Comme instrument rhétorique (Rhétorique , I ,II,22,95 b sq.)

Rappelons la définition des Analytiques premiers: "L'enthymème est un syllogisme qui part de prémisses vraisemblables ou de signes."Or,si l'on en croit l'éditeur et traducteur de la rhétorique aux "Belles Lettres",M.Dufour,

"l'Art rhétorique suppose devant lui les livres I,VII 3-5 et VIII des Topiques, les Premiers et Seconds Analytiques,plusieurs fois cités dans les deiux premiers livres." (Introduction à la Rhétorique,1932,T.I,p.16).Aussi ,

le lecteur va s'apercevoir que,dès la première page du traîté ,Aristote :1° suppose liés le sort de la Rhétorique  et celui de la Dialectique . 2° Situe l'enthymème au centre du débat, car "les auteurs sont muets  sur les enthymèmes,qui sont

pourtant le corps de la preuve (sôma tès pistéôs) .Ils consacrent la majeure partie de leurs  traîtés aux questions extérieures au sujet.Car l'aversion (diabolè),la pitié,la colère et les semblables émotions (pathè) de l'âme ne

concernent pas l'affaire elle-même,mais le juge.(...)Le rôle du plaideur (tou amphisbètountos) se borne à montrer que l'affaire est ou n'est pas,a eu lieu ou non."(54 a 10-30).

Il reviendra donc au dialecticien de montrer comment " la rhétorique est le pendant (antistophos) de la dialectique."Cela implique à la fois une analogie et une différence.L'analogie est

simple:contrairement à la science qui relève de l'enseignement,preuves et discours auxquels ont recours dialectique et rhétorique "doivent nécessairement en passer par les notions

communes,comme nous le disions dans les Topiques au sujet de la discussion avec les non-spécialistes."(55 a 25).

Dialectique et rhétorique avancent leurs preuves en ayant recours soit à l'enthymème,soit aux exemples (paradeigmata) et à l'induction.Aussi l'enthymème tire-t-il ses conclusions de prémisses

seulement vraisemblables ou probables.Or ces prémisses sont de deux sortes:soit topiques ou générales (par exemple fondées sur le rapport du plus ou moins ,comme:"qui peut le plus peut le

moins ") ; soit spéciales et conformes aux espèces entre lesquelles leurs objets se répartissent.C'est ce dernier point qui va permettre de différencier la rhétorique de la dialectique.

Tandis que la rhétorique est qualifiée de technè,disons :de spécialité,de discipline,bien que- non scientifique,ce n'est pas le cas de la dialectique.L'objet de la rhétorique est de produire un discours

vrai ou vraisemblable à partir d'une procédure persuasive (pithanon)(o.c. 56 a 20).Elle relève donc de deux démarches :l'une est proprement logique;l'autre a un rapport assez étroit avec la politique

dont,ironise Aristote, elle prend le masque (hypo to schèma) en tant que "pourvoyeuse d'arguments".On pourrait en conclure une différence encore plus marquante entre dialectique et

rhétorique,puisque la dialectique procèderait exclusivement 'dia logon',tandis que ,nous le verrons,la rhétorique fait aussi appel aux différents caractères et à l'action sur les émotions du public.Aristote

témoigne donc d'une rigueur certaine dans l'analyse quand il rectifie son affirmation:"tout comme la dialectique,la fonction de la rhétorique n'est pas de persuader,mais de voir les moyens de persuader

que comprte chaque sujet."(55 b 10).La différence la plus visible est cependant ailleurs :elle est,comme nous l'avons suggéré,entre l'absence de domaine propre à la dialectique ,purement 

topique,tandis que la rhétorique se répartit en trois technai spécifiques :la délibération (conseiller/déconseiller),l'action judiciaire (accuser/défendre) et l'épidictique (faire l'éloge,

blamer).Aussi peut -on lui assigner trois types de fins (téloi):l'utile ou le nuisible;le juste ou l'injuste;la beauté ou la laideur morale.

Aristote conclut provisoirement ce long parallèle -qu'il poursuivra d'ailleurs en II,18 b 7 - par l'opposition commune de la dialectique et de la rhétorique à leur faux-semblant pervers : la

sophistique."ce qui fait la sophistique,ce n'est pas la faculté,mais l'intention;il y a cependant une différence:ici l'on sera orateur,celui-ci par sa science (kata tèn épistémèn),celui-là en intention(kata

tèn proaiesin);là,on sera sophiste,en intention,et dialecticien,non en intention,mais en raison de sa compétence (kata dynamin)."(o.c.,b 19-21)

Il est clair que l'objectif d'Aristote est de démêler un écheveau conceptuel dont l'importance pour la Cité,particulièrement en régime démocratique,a été exposée par Socrate à deux

reprises,dans le Gorgias puis dans le Phèdre.Qu'il y ait eu,au IVe siècle A.J.C.,rivalité entre rhéteurs et sophistes,et même entre rhéteurs et philosophes suffisait à brouiller les cartes.

En effet,les termes mêmes de 'sophistes' et de 'philosophes'  étaient des qualificatifs mouvants que la tradition s'est acharnée à durcir.Si Aristote ne consent pas à accorder une quelconque

'technè' aux sophistes,il en va tout autrement des rhéteurs.Isocrate manifestera même une prétention au titre de 'philosophe',titre revendiqué,par ailleurs par Platon.C'est sans doute en

raison de leur maîtrise de la méthode 'dialectique'.Aristote,dans son traîté,n'a pas oublié "leur façon 'technique' "et la pratique de la "psychagogie"( Phèdre,271 c).

Pourtant,Socrate ,faisant référence à la pratique des tribunaux,ne prend pas de gants avec la rhétorique."Personne n'y a le moindre souci de la vérité.On ne s'y soucie que du persuasif.Or le

persuasif,c'est le vraisemblable;à lui doit s'attacher celui qui voudra parler avec art."(idem,272 d-e).Tout Aristote est déjà présent dans la critique socratique.Mais tout s'y trouve autrement.

En effet,chaque concept se trouve bien à sa place :la vérité et son double,le vraisemblable,to eikos;et aussi ce qu'on attend de lui,le persuasif ,to pithanos,qu'on aurait tort de réclamer

exclusivement ,et même préférentiellement,à la vérité.Enfin,le mode de production du persuasif,pour lequel Socrate et Aristote usent du même terme ,la technè.

Mais tandis que pour Socrate cet emploi est péjoratif,Aristote s'efforce de le mettre à sa juste place:en-dessous de l'épistémè,du savoir,et pourtant bien au-dessus de la motivation des

sophistes,car si un sophiste peut techniquement se révéler un dialecticien exercé, son indifférence aux valeurs intellectuelles et morales en fait un dialecticien perverti.Aristote

partage-t-il donc les valeurs éthiques et dianoétiques défendues par le porte-parole de Platon ou du Socrate historique ? On aurait tort de le soutenir."Une prémisse dialectique est la mise sous

forme interrogative d'une opinion (endoxos) admise par tous,ou par le plus grand nombre,ou par les plus connus (gnôrimois),exception faite,cependant des paradoxes.(...)Enfin, toutes les

opinions en accord avec les modes de production et le résutat de découvertes ( tas eurèménas)"(Topiques,I,10,104 a 8-15)En somme,dans l'énumération des prémisses acceptables par le

dialecticien,bien peu de bases de départ sont écartées.Or non seulement la rhétorique peut faire usage des outils que lui offre la dialectique,à savoir les exemples mais aussi l'enthymème et sa

multitude de topoï,mais elle dispose aussi des techniques spécialisées pratiquées dans le cadre du tribunal et des diverses assemblées. Si l'on est donc loin de la critique socratique rejetant le

vraisemblable une fois réduit à "l'opinion de la masse" (to tô plèthéi dokoun),on pourait pourtant soutenir que Platon montrait la voie dans cette fameuse déclaration :"faute d'avoir

dénombré les divers naturels de ceux qui vont être les auditeurs;faute d'être capable,aussi bien de distinguer les choses selon leurs caractères spécifiques que de les embrasser  en une seule

idée selon chacune de ces espèces,jamais on ne sera un spécialiste des discours (technikos logôn) ,pour autant que c'est possible à un homme!"( Phaidr.,273 d-e) et que,en un  sens,Aristote

s'est contenté de mettre en oeuvre le programme esquissé par son maître.Mais il y a tout un monde entre un programme et sa réalisation :les trois tomes de la Rhétorique .

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Suite dans: DIALECTIQUE ET PHILOSOPHIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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