L'EPISTEMOLOGIE :LOGIQUE OU HISTOIRE ? - G.G.GRANGER.

L'EPISTEMOLOGIE ,LOGIQUE OU HISTOIRE  ? 

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(GILLES-GASTON  GRANGER  : POUR UNE EPISTEMOLOGIE DU TRAVAIL SCIENTIFIQUE)

 

Pour donner à notre étude sur la philosophie des sciences une conclusion générale qui ne s'éloigne pas trop des vues qui ont pu transparaître de l'ensemble des

exposés,nous ferons appel au professeur GRANGER,et tout particulièrement à une communication de 1986 ,faite dans le cadre de l'Académie des sciences,

puisque cette communication est placée sous les auspices de Gaston Bachelard,de Jean Cavaillès et "des grands Viennois des années 30".

1°LE TRAVAIL SCIENTIFIQUE

Granger commence son étude par cette observation : la recherche scientifique est un travail, c'est-à-dire,selon sa définition : "la création d'une opposition entre

une forme et un contenu."On sait toute l'importance qu'occupe cette opposition dans la philosophie de notre auteur,opposition qu'il a rencontrée et mise en

vedette dans sa savante étude sur la Théorie aristotélicienne de la science. Mais si ce travail est d'abord ,comme l'ont montré Bachelard,Popper et Kuhn ,un

travail social réclamant une organisation d'un haut degré de complexité ,des laboratoires onéreux et une communauté scientifique grosse de multiples projets

rivaux,ce n'est pas cet aspect du travail scientifique dont Granger fait l'analyse.Ce travail,note-t-il d'emblée ,"est fondamentalement une sorte de jeu,un

jeu laborieux comportant des parties,des règles et des significations.

2°Histoire ou analyse logique ?

Si une épistémologie sérieuse ne peut se passer de l'histoire des sciences,et mieux encore de l'histoire d'une science ou d'un secteur scientifique bien

déterminé,"le matériau véritable de l'épistémologue,ce sont les Mémoires originaux,les Traîtés,les discussions et commentaires auxquels se livrent entre eux

les savants."

C'est pourquoi ,moins que par l'aspect chronologique des découvertes,déjà "balisé " par Bachelard à l'aide de diverses sortes de rupture ,ou par Popper de

manière paradigmatique,Granger est intéressé par "la mise au jour de la structure conceptuelle d'une théorie ou d'une oeuvre qui n'est pas toujours manifeste

et pas même pour son créateur.Aussi,suivant en cela le chemin tracé par Bachelard et par Cavaillès,l'historicité de la démarche scientifique ne peut pas se

présenter comme une succession de hasards heureux (ou malheureux,s'il s'agit d'impasses ),mais comme une dialectique où,comme dit Hegel,"la vérité est 

la fin".Toutefois,si la vérité est la fin,ce principe en science est moins constitutif que régulateur,car si l'histoire  se faisant ne peut pas se déduire de l'histoire 

déjà faite,une vision" récurrente" de la science ne peut pas davantage éclairer son passé :déterminisme et téléologie sont également à récuser."La connaissan-

ce des solutions aux difficultés surmontées ne doit pas nous servir à faire la leçon aux savants d'autrefois,au moyen d'une traduction en concepts modernes dont

la clarté rend alors incompréhensible leur perplexité." Mais si l'enchaînement extérieur des faits est une  illusion,on peut postuler une "dialectique interne des

systèmes." "Le passage d'un système à un autre,le mode d'organisation de ses concepts est essentiellement une réponse aux questions posées par le premier

et aux énigmes que suscitent les expériences qu'il suggère et non pas une réaction à des sollicitations exogènes."

Une telle lecture a été développée par Cavaillès à propos des mathématiques.Il s'agit d'une "révision par approfondissement" ,où l'ancien concept est représenté

dans le nouveau par une image adéquate.Les opérations ne sont pas,comme le posent les phénoménologues,des actes de conscience, mais des règles de

constitution des symboles.Aussi l'enchaînement n'est pas réalisé par un formalisme extérieur, mais par le contenu lui-même.

Vis-à-vis de la théorie kuhnienne des paradigmes,la position de Granger est plutôt critique.Il récuse l'idée suivant laquelle "des états relativement stabilisés

de la science se succèderaient en se substituant l'un à l'autre de telle sorte qu'aucune communication ne soit possible",et se trouve ,sans le citer,beaucoup

plus proche de Popper,puisqu'il interpréte le progrès scientifique à partir d'une rivalité dans la résolution d'énigmes transmises par la communauté des

chercheurs.Il reconnaît toutefois à Kuhn "le mérite de mettre l'accent ,après Gaston Bachelard,sur le caractère global de la transformation des grandes théories 

et sur le sens radicalement nouveau que prennent les concepts lorsqu'ils fonctionnent comme pièce d'un nouveau système." 

 3°LE TRANSCENDANTAL

Un point précis sépare l'épistémologie de Granger aussi bien des travaux autrichiens et anglo-saxons que de l'enseignement bachelardien."Elle ne saurait être

une "science de la science,la décrivant comme un objet,car elle en cherche le sens."

Faut-il rappeler ,à la différence tant de Bachelard que des épistémologues déjà cités la formation d'origine,au sens classique du terme ,du professeur Granger?

Celui-ci est philosophe de formation ,et non physicien ou mathématicien,comme le furent Frege,Husserl,Russell et Wittgenstein,spécialiste de moteurs d'avion ?

Aussi se proclame-t-il "kantien dissident",car bien qu'il ne se fasse pas appel à des formes a priori immuables, "il s'agit bien,cependant,pour l'épistémologue

d'expliciter les  conditions  de la pensée efficace et cohérente d'objets sous-entendues par une théorie scientifique.(...)Le transcendantal est ainsi la trace d'une

réponse,quelquefois implicite,à des questions posées dans des contextes expérimentaux et théoriques déterminés,telles que,par exemple, "Qu'est-ce qu'un

observable,à une échelle définie de l'expérience ?","Qu'est-ce qu'une grandeur mesurable,dans un domaine déterminé ?","Que signifie,pour deux évènements

éloignés de l'espace la propriété d'être simultanés ?".(...)Dégager les présupposés d'une pratique scientifique;établir l'inventaire d'un système de concepts;

circonscrire les zônes d'indétermination;reconnaître les cheminements logiques et les démarches extra-logiques:en cela seulement peut consister une

épistémologie." Nous n'ajouterons rien à la conclusion de Granger.

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