LA CONFESSION : DE ROUSSEAU A MONTAIGNE

 

INTRODUCTION : LE MODELE AUGUSTINIEN

 

Le verbe confiteor comporte une double dimension ,philosophique et morale.La dimension philosophique,chez Augustin,  est d'emblée religieuse et métaphysique, puisque l'accès primordial à la vérité se donne comme accès au divin.Mais celui-ci n'est pas univoque,puisqu'il peut revêtir, par exemple,

la forme démonstrative du traité ou celle de la révélation, tout à la fois intuitive et théorique.Pourtant, est tout autre le cadre éthique assigné par la confessio.Certes,il s'agit bien encore de manifester la vérité et de la proclamer,mais l'usage courant du terme précise la condition génératrice de cette

proclamation : une certaine contrainte morale ,et parfois aussi physique.On objectera qu'il n'y a là qu'une image et que la douleur parfois générée par la contrainte n'est pas transposable sans précaution au plan spirituel.Mais c'est précisément cette objection que l'évêque d'Hippone se fait à lui-

même.Ecoutons-le plutôt.

"Mais qu'ai-je affaire avec les hommes? Quel besoin qu'ils entendent mes Confessions comme si c'était eux qui allaient guérir toutes mes langueurs?Race curieuse de la vie d'autrui,mais paresseuse à corriger la sienne ?Pourquoi veulent-ils entendre de moi ce que je suis,eux qui ne veulent pas entendre de

Vous ce qu'ils sont? Et comment savent-ils,en m'écoutant parler de moi-même,si je dis la vérité,puique 'nul homme ne sait ce qui se passe dans l'homme,si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui' ? (...) Quelqu'un peut-il se connaître et dire  :"Cela est faux",sans être un menteur. ? (...) De quelle utilité est-il,je

vous le demande,que je confesse aux hommes,en face de Vous,non plus ce que j'ai été,mais ce que je suis? Des aveux sur mon passé,j'ai vu, j'ai signalé le bénéfice.Mais ce que je suis,en ce temps même où j'écris ces Confessions,quantité de gens veulent le savoir : les uns le connaissent,les autres, non; ils

m'ont entendu,ou bien ils ont entendu parler de moi,mais leur oreille n'est point appliquée contre mon coeur,là où je suis vraiment moi-même.Aussi veulent-ils m'entendre avouer ce que je suis au-dedans de moi,où n'a accès ni leur oeil,ni leur oreille,ni leur esprit. Ils veulent m'écouter,tout prêts à me croire,car

qu'y pourraient-ils connaître ?C'est la charité,source de leur bonté,qui leur dit que je ne mens pas dans ce que j'avoue de moi-même, oui c'est elle qui,en eux me fait confiance."( Saint Augustin,Les Confessions,Livre X,Ch.III,3; Les Belles Lettres ,1961,T.2,p.241).

Si l'on en croit Augustin,la confessio ne prend son sens qu'en fonction de celui qui en est le destinataire  : Dieu ou les hommes.Nous évoquerons le premier cas sans en poursuivre l'étude,car le problème donne à l'évèque d'Hippone l'occasion de se livrer à des analyses aussi fines qu'approfondies

et,disons-le,difficilement dépassables.Mais l'interlocuteur humain peut être autrui ou soi-même,c'est-à-dire moi pour l'autre,ou seulement moi pour moi.Dans le cas représenté par l'écrivain,c'est -à- dire celui de l'autobiographie,on distinguera une double relation apparente puisque la conscience de ce

que je suis est le moyen inévitable de la transmission à autrui du contenu même de la confession.Qui suis-je ou que suis-je ? Mais Augustin complique le questionnement : qui suis-je ou quel ai-je été ?Or  si de l'écoulement du temps finit par se dégager une certaine image plus ou moins stable de mon être,

la question de ma vérité ne prendra son sens qu'au terme d'une confrontation entre cette image et celle que le autres se font de moi.La reconnaissance du vécu,condition de la confession,suppose donc une certaine reconstruction de mon passé,sans doute bien différente du vécu qui fut le mien,mais aussi de

la perception qu'en eurent les autres,mes contemporains.Il n'est pas indifférent que les livres XI et XII traitent à la fois de la mémoire et du temps lui-même.Mais  l'objet propre de notre étude n'est pas de nature conceptuelle.Elle consiste seulement à comparer deux formes littéraires de l'autobiographie ,

la Confession rousseauiste et l' Essai de Montaigne ,tout en inversant l'ordre historique,car,bien que plusieurs références de Rousseau redoublent celles de Montaigne,les problèmes que l'orphelin de mère, enfant élevé sans foyer familial stable, rencontre dans ses rapports avec ses contemporains,sont ,en dépit

parfois d'une grande violence apparente, moins étranges que ceux qui prennent la forme inédite de l' Essai. Pourquoi ,en effet,parlerait-on de "problèmes" à propos de la vie d'un gentilhomme que tout favorisa   - une mère présente et sans doute aimante,"le meilleur des pères", des succès de toute sorte et, ,finalement,l'amitié de deux rois ?

 

I/LA CONFESSION  SELON  ROUSSEAU  :  CE QU'IL RECONNAIT ET CE QU'IL DENIE.

"Vitam impendere vero" :cette devise est le critère permanent auquel ,selon Jean-Jacques ,sont soumises d'abord ses Confessions (1765),puis Les Rêveries du promeneur solitaire  (1776).Est-ce à dire que la partie considérable de l'oeuvre consacrée aux écrits politiques,pédagogiques,religieux et

romanesques reste marqée par l'emprise de sa subjectivité,et ,tout particulièrement,les derniers écrits qui lui vaudront,après la perte de ses amis,la persécution officielle de la ville de Genêve,du territoire bernois et du royaume de France ? Certes,son caractère est difficile à vivre, puisque ses fâcheries

s'étendent même à Hume qui un temps l'avait accueilli. Mais n'est-ce pas lui-même qui tend à mettre au premier plan les incidents personnels qui émaillèrent son enfance et sa jeunesse, comme les moments qui scandèrent le développement de sa vie sexuelle.Et en ce sens  n'est-il pas

particulièrement représentatif de son temps,marqué par le souci porté à la genèse de la sensibilité individuelle ? Certes,si son comportement peut paraître parfois socialement choquant, sa conduite répond pourtant à une exigence unique,rechercher les conditions de vie les

plus favorables au travail du penseur et de l'écrivain,celui-ci se satisfaisant par ailleurs d'une quotidienneté médiocre,et assumant ses multiples dépendances vis-à-vis des protecteurs du moment.

Par "vérité" il faut donc à la fois entendre la sincérité  de ses aveux, mais aussi une sorte de plaisir éprouvé à choquer ou même de cynisme,celui-ci se réclamant moins de la raison que du coeur ou conscience morale, critère absolu des conduites les plus socialement discutables.

La raison,pourtant, n'en est pas absente,même si elle n'est pas le critère ultime."Ces moyens [de la théologie] ne sauraient être l'autorité des hommes;car nul homme n'étant d'une autre espèce que moi,tout ce qu'un homme connaît naturellement,je puis aussi le connaître,et un autre homme peut se tromper

aussi bien que moi"(Profession de foi du vicaire savoyard,Flammarion-GL,1996,p101).Aussi peut-il résumer sa démarche intellectuelle en ces termes: "Il suit de toutes ces réflexions que la profession de véracité que je me suis faite a plus son fondement sur des sentiments de droiture et d'équité que sur la réalité

des choses,et que j'ai plus suivi dans la pratique les directions morales de ma conscience que les notions abstraites du vrai et du faux.J'ai souvent débité des fables,mais j'ai très rarement menti."(Les Rêveries du promeneur solitaire, Garnier-Flammarion 1964,Quatrième promenade,p.90).Cette "aversion pour

le mensonge" concorde bien avec la sorte de cynisme que nous avons cru déceler dans la confession rousseauiste, mais aussi avec une espèce de mensonge,qui ,quand il a lieu est  "plutôt comme l'effet du délire de l'imagination qu'un acte de la volonté".(idem,p.97). 

Finalement ,JeanJacques résume ainsi son interprétation de la Confession :"Oui je le dis et je le sens avec une fière élévation d'âme,j'ai porté dans cet écrit la bonne foi,la véracité,la franchise,aussi loin,plus loin même,au moins je le crois, que ne fit jamais aucun autre homme; sentant que le bien surpassait le mal j'avais mon intérêt à tout dire,et j'ai tout dit."(ibidem,p.87).  

 

2/" LES "VIES DES HOMMES ILLUSTRES "  ,   UN GUIDE LITTERAIRE DES "CONFESSIONS AUX " ESSAIS ".

 

L'itinéraire moral commence dans l'enfance :"Plutarque surtout devint ma lecture favorite.le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans;et je préférai bientôt  Agésilas,Brutus,Aristide à Orodonte,Artamène et Juba.(...) Je me croyais Grec ou Romain;je devenais le personnage dont je

lisais la vie;le récit des traits de constance et d'intrépidité qui m'avaient frappé me rendaient les yeux étincelants et la voix forte..Un jour que je racontais à table l'aventure de Scaevola,on fut effrayé de me voir avancer et tenir la main sur un réchaud pour représenter son action."(Les Confessions, Livre 1er,

Gallimard,Folio Classique 1959,p.38). Faut-il y voir une simple réminiscence ,ou peut-on trouver ,chez Plutarque lui-même,les indications d'une méthode   ? L'auteur ,contemporain des Flaviens et tout spécialement de l'empereur Marc-Aurèle,juge en effet nécessaire de faire précéder  la Vie d'Alexandre-le-

Grand  d'un long paragraphe destiné à préciser son intention et sa méthode.A la différence d'un Salluste ,d'un Suétone ou d'unTacite,il ne fait pas oeuvre d'historien et ne s'attache pas en priorité à rétablir les évènements dans leur vérité factuelle "car il faut que [les lecteurs] se souviennent qu'il n'a pas appris

à écrire des histoires,mais des vies seulement.(...) Aussi nous doit-on concéder que nous allions principalement recherchant les signes de l'âme,et par iceux formant un portrait au naturel de la vie et des moeurs d'un chacun,en laissant aux historiens à écrire les guerres,les batailles et autres telles grandeurs."

(Vie d'Alexandre-le-Grand, in Les Vies des hommes illustres, Gallimard,traduction de Jacques Amyot,La Pléade,T.II,p.323).Aussi Augustin et Rousseau avec le titre de Confessions,mais aussi Montaigne avec ses Essais ne font-ils qu'affirmer leur fidélité à l'intention explicite de Plutarque.

Cette élucidation du sens de leurs oeuvres n'éclaire que mieux quelle fut leur intention d'auteurs.Prenons le cas de Rousseau,revenant, dans les Rêveries sur le sens et la portée des Confessions.

"C'est dans cet état que je reprends la suite de l'examen sévère et sincère  que j'appelai jadis mes Confessions.Je consacre mes derniers jours à m'étudier moi-même et à préparer d'avance le compte que je ne tarderai pas à rendre de moi.(...) Ces feuilles peuvent donc ëtre regardées comme un appendice de

mes Confessions,mais je ne leur en donne plus le titre,ne sentant plus rien à dire qui puisse le mériter.Mon coeur s'est purifié à la coupelle de l'adversité,et j'y trouve à peine en le sondant avec soin quelque reste de penchant répréhensible.Qu'aurais-je à confesser quand toutes les affections terrestres en sont

arrachées ?Je n'ai pas plus à me louer qu'à me blâmer: je suis nul désormais parmi les hommes,et c'est tout ce que je puis être,n'ayant plus avec eux de relation réelle,de véritable société.(...)Je me contenterai de tenir le registre des opérations sans chercher à les réduire en système.Je fais la même

entreprise que Montaigne,mais avec un but tout contraire au sien:car il n'écrivait ses Essais que pour les autres,et je n'écris mes rêveries que pour moi."(Les rêveries du promeneur solitaire,Première promenade,G.-F.-Flammarion,1964,pp.40-41).

Ces quelques lignes nous situent au coeur du débat : il est clair pour Rousseau que la Confession a nécessairement une dimension sociale,collective et que,cette condition disparaissant ,demeurent des 'rêveries' ou même des 'méditations solitaires'(p.42). Mais de quel rapport social s'agissait-il ? Tout rapport

social a une double dimension ,à la fois agonistique et affective puisqu'il s'agit d'éprouver les conséquences effectives d'une action,mais aussi les jugements qu'elle suscite de la part des témoins.Ces actions peuvent être, dans le cas de Jean-Jacques et en fonction "des modifications de [son] âme

et de leurs successions", aussi bien le vol d'un ruban que le refus d'assumer la charge de ses quatre enfants. Augustin,Rousseau et Montaigne ont tous trois un même interlocuteur: le public,des lecteurs,et la représentation de cet Autre objectif s'accompagne aussi nécessairement  pour l'auteur celle d'un

Autre-juge.Quoi que dise l'auteur dans l'oeuvre elle-même -ou dans une autre oeuvre ( ici,les Rêveries) - les Autres-juges n'auront jamais qu'un rôle second -ce qui ne veut pas dire nécessairement mineur. A qui d'autre l'auteur s'adresse-t-il ?Un Chrétien se confie à son Dieu,soit directement -d'esprit à esprit-, soit

par une médiation humaine,et si possible en réduisant l'apparence corporelle. Mais,si l'on en croit Rousseau,la Confession  proprement dite ne peut s'arrêter là,et mériter ce titre, car " Montaigne n'écrivait ses Essais que pour les autres". Jugement porté sur un penseur catholique par le porte-parole du Vicaire

savoyard ? Sans doute Rousseau invoque-t-il sa conscience comme" instinct divin,immortelle et céleste voix" .Mais il ajoute à propos de ce guide :"S'il parle à tous les coeurs,pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l'entendent ?Eh ! c'est qu'il nous parle la langue de la nature,que tout nous a  fait oublier.La conscience

est timide elle aime la retraite et la paix;le monde et le bruit l'épouvantent;les préjugés dont on la fait naître sont ses plus cruels ennemis."(Emile ou De l'éducation, Livre IV,Classiques Garnier,1961,pp.354-355).

 

3/S'IL EST VRAI QUE "MONTAIGNE N'ECRIVAIT LES ESSAIS  QUE POUR LES AUTRES" ?.

A la différence des Confessions,qu'elle soient augustiniennes ou rousseauistes,leur écriture autobiographique adopte la temporalité personnelle de l'auteur.Cette temporalité est double,puisque la temporalité présente de l'écrivant  en dévoile une autre, celle du sujet à une autre époque de sa vie passée.

Mais cette double temporalité vécue se réfère aussi à une chronologie unique,celle de l'histoire et des évènements,qu'elle soit explicite ou seulement implicite dans le récit,et, en ce sens, Plutarque peut bien opposer vie et histoire,une compréhension complète consistera toujours à relier sincérité et

lucidité du sujet à la factualité évènementielle,même imprécise ou même erronée.Il est courant de distinguer à ce propos deux sortes de vérité ,mais si la vérité des faits est par essence approchée ,la certitude du vécu n'est jamais qu'interprétation.Or si le jugement que Rousseau porte sur Montaigne peut

susciter la perplexité,c'est en raison même de la clarté de son autocritique,car si, par l' excès exprimé sur la nature ses rapports à autrui, il pourrait donner lieu à des délires d'interprétation,la plupart de ses bonheurs et malheurs lui sont bien arrivés ;ils sont à la mesure de sa conduite et de ses situations

successives réelles - beaucoup d'amis,beaucoup d'ennemis- et une cause unique ,un mépris presque cynique pour le jugement d'autrui , fondé sur la conscience égoïste de sa propre valeur , de sa supériorité intellectuelle quasi absolue en son siècle,un seul lien subsistant finalement avec Denis Diderot,"le

philosophe".Qui ,en effet,pourrait rivaliser avec son génie , génie qui, du premier Discours aux Rêveries ,fera de lui une sorte d'apatride !  Tout ne devail-il pas l'éloigner de Montaigne, de ce seigneur de fraiche date , élevé par "le meilleur des pères" qu'il remplacera à la mairie de Bordeaux,et qui,à l'opposé de

la vie parfois errante de Jean-Jacques,pourra se réfugier dans une tour,bâtie par ses soins,et y accueillir deux rois de passage?Il s'agit bien d'interprétation Perdus dans l'océan des Essais,et ,puisque nous sommes partis de la Vie d'Alexandre le Grand ,interrogeons Montaigne sur Plutarque et son héros.Deux

chapitres du Livre II proposent une réponse à cette interrogation,mais la méthode des Essais diffère à la fois de celle de Plutarque et de celle que lui prête Rousseau.  En effet ,ce qui 'pilote' les chapitres de l'ouvrage est le regroupement des arguments sous une thématique et un concept donnant lieu à la

discussion et à la critique..Ainsi,Alexandre et César sont-ils représentatifs de la gloire. "A quoi Caesar et Alexandre doivent-ils cette grandeur infinie de leur renommée,sinon à la fortune ?Combien d'hommes a-t-elle esteint sur le commencement de leur progrès,desquels nous n'avons aucune connassance ,qui y

apportaient mesme courage que le leur,si le malheur de leur sort ne les eut arrestez tout court,sur la naissance de leurs entreprinses ! Au travers de tant et si extremes dangers,il ne me souvient point avoir leu que Caesar ait esté jamais blessé.Mille sont morts de moindres périls que le moindre de ceux qu'il

franchit.Infinies belles actions se doivent perdre sans tesmoignage avant qu'il en vienne une à profit.(...) Et si on prend garde,on trouvera qu'il advient par expérience que les moins esclattantes occasions sont les plus dangereuses.(...)Qui n'est homme de bien que par ce qu'on le scaura:celuy-là n'est pas

homme de qui on puisse tirer beaucoup de service.(...)Il faut être vaillant pour soys-mesmes et pour l'avantage que c'est d'avoir son courage logé en une assiette ferme et asseurée contre les assauts de la fortune."(Essais,Livre II,Chapitre XVI,Gallimard,Bibliothèque de La Pléiade,1950,p.702).Montaigne

nomme cette attitude  celle d'".une conscience bien règlée."(idem,p.702).Certes,cette conscience est règlée par la raison et prend appui sur l'expérience; mais ,celà ,est-ce écrire seulement "pour les autres"  et la vie du "moi" se réduit-elle aux phantasmes de l' imaginaire animé par une sensibilité trop vive ?

Montaigne écrit tout le contraire "Je veux estre riche par moy,non par emprunt.Les estrangers ne voyent que les evenements et apparences externes;chacun peut faire bonne mine par le dehors,plein au dedans de fiebre et d'effroy.Ils ne voyent pas mon coeur,ils ne voyent que mes

contenances.(...) Et n'est aucun si asseuré témoing comme chacun à soy-même." (o.c. L.II,Chapitre XVI,p.706) .Montaigne et Rousseau partagent,en vérité le  même égocentrisme."Il semble que l'estre conneu,ce soit aucunement avoir sa vie et sa durée en la garde d'autruy.Moy,je tiens que je ne suis que chez

moy;et de cette autre mienne vie qui loge en la connaissance de mes amis,à la considérer nue et simplement en soy,je sais bien que je n'en sens fruict ni jouyssance que par la vanité d'une opinion fantastique.Et quand je seray mort,je m'en resentiray encores beaucoup moins."(ibidem,p.707).

Michel Eyquem ,seigneur de Montaigne ,et Jean-Jacques "sans feu ni lieu" partagent un sentiment de dépossession profonde,plus grave,en un sens,chez ontaigne,car si Rousseau a appris à se sentir chez lui dans ses mutiples résidences,Montaigne ,songeant à son identité future ,va jusqu'à dénier la

symbolique de son nom.Et l'écriture des Essais est la preuve finale de cette persistance symbolique -sans oublier l'édification de la Tour.  Rousseau ,en un sens,n'a jamais eu un tel problème,car ,n'ayant rien en propre,le sens de sa vie s'est confondu avec la réalité symbolique de son oeuvre.Le souci commun

de leur moi témoigne aussi de l'importance que l'un et l'autre accordent à ceux que Montaigne nomme dans le chapitre 36 du livre II des Essais ":Les plus excellents hommes,"comme si leur fréquentation assidue était une assurance perinde ac cadaver.

 

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